Ah la joie des rencontres imprévues, des coincidences et recoupements. Tu sais, tu fais des courses, t’aides une nana à attraper un truc, tu lui parles 2 secondes et te rend compte que c’est la meilleure amie du frère de ta pote Germaine. Et là tout le monde se dit « c’est dingue comme le monde est petit hein? » et ça te fait ta journée. C’est bien qu’on puisse encore s’extasier.
Il y a de ça bien 6 mois, je marchais peinard dans les allées du marché des enfants rouges, un mardi matin désert et glacial. Et puis derrière ce comptoir du fond à gauche, j’ai vu un type. Du genre brun avec un bonnet, l’air concentré et de la farine sur les mains.
Il fait du pain. Du pain pour hamburger précisément.
Hamburgers qu’il garnit et vend au déjeuner.
Et il s’appelle Jean-Charles, on se connait, et je ne l’ai pas reconnu.
Ce petit moment de honte passée et les joies des retrouvailles célébrées, il m’explique son truc.
J’étais donc partie ce matin là chercher de quoi satisfaire la curiosité de mes élèves en terme de produits du terroir, et me voilà à retrouver par hasard J-C le bien nommé, qui me raconte qu’il se lance dans l’aventure du burger à 10 balles.
J’aime bien qu’il s’appelle Jean-Charles, Jean-Charles. Je me dis que quand on s’appelle J-C ou J-F ou J-P, on a forcément un truc en plus, du fait qu’on a sûrement souvent dû expliquer ou se défendre de ce choix des parents. Je me dis que ça doit forcer le sens de l’humour et de l’auto-dérision. Bref tu vois je me dis plein de trucs alors que je m’appelle Elsa quoi.
Et tu sais pas, le mec à ses côté, en train de dorer les buns, il s’appelle Paul-Emile.
Enfin, il s’appellerait J-C et ferait des hamburgers dégueu, j’aurais trouvé un autre argumentaire. Et puis aussi dans la bande y’a Alban. Donc tu peux réfuter ma théorie tranquille. Bref.
Bref et donc: les hamburgers.

Ils sont 3 jolis mômes, derrière leur comptoir sur ce marché. Bonnet, pull et doudoune sans manche, d’attaque pour la mise en place. Le pain, bien sûr, recette rodée. Laisser pousser la pâte, l’étaler, la détailler en buns. Dorer, cuire, ouvrir.
Former les steaks, paner le poulet si on décide de faire un spécial aujourd’hui. Les boîtes de garniture s’alignent sur le plan de travail, à porter de main pour un service rapide et efficace. Les fromages d’abord: bleu, cheddar, comté, chèvre. Les salades: mâche, roquette, sucrine. Les condiments: cornichons, bacon grillé, fondue d’oignons…Les sauce bien sûr: ketchup, mayo, un petit mix maison, et puis parfois une spéciale pour accompagner le burger du jour. Ce matin c’est tartare, pleine de cornichons et de câpres.
Les frites, enfin. La technique a été pensée, testée, repensée et retestée. Blanchir, combien de fois, quelle température…bref, leurs frites, ce sont les meilleures que j’ai goutées depuis un bon moment. Elles n’ont pas l’air trop cuites, tu te dis qu’elles risquent d’être un peu molasses. Tu parles (Jean) Charles ! (…). Croustillantes, hyyyyper croustillantes. Très très bonnes quoi. J’en ai mangé presque deux assiettes, tu sais ce jour où il fallait que j’éponge 2 litres de gin tonic.
Je vais pas te faire l’apologie de leurs burgers, parce que j’imagine que t’en as un peu ras les yeux de lire et relire des avis sur ce gros sandwich américan délicieusement fat et sheewy. Mais je te conseille très vivement d’aller les goûter.
Tu veux que je te dise pourquoi je kiffe ces garçons? Ils sont là, souriants, détendus, appliqués. On ne parle pas d’eux dans le Fooding, ni dans l’Express style, ni chez Bruno Verjus. Ils font leur truc, ils le font bien, et surtout l’air de rien.
J’ai du attendre trois mois pour qu’ils me donnent le feu vert pour parler d’eux. Ils voulaient se rôder, se perfectionner, pas faire de pub pour la pub.

Ce que j’aime aussi chez ces garçons, c’est le potentiel d’évolution qu’ils te laissent imaginer. Rien n’est arrêté, ils ont un t’as d’idées et le goût du risque. Il y a certains endroits où on finit par s’ennuyer ferme: tu vois, un mec a eu une idée géniale, il a développé un concept, et ça a cartonné. Alors depuis il n’a plus rien changé, par peur de rater. Tout s’est figé, roue impeccablement huilée. J’aime à croire que ces gars-là préfèrent tenter et rater, j’aime leurs imperfections parce qu’elles sont le reflet de leur passion.
Pour les trouver:
Marché des enfants rouges
39 rue de Bretagne
75003 Paris