In the mud for love / honey, origano & carotts

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Le réveil sonne à 5h, 5h30 les jours heureux. Il faut devancer l’aube, anticiper la courbe du soleil de la côte Est. Il suffit de peu de matins pour embrasser la difficulté du métier. Derrière nos paupières collées se dessine le schéma flou et intense de ce sacerdoce ; le choix d’une vie, pris à bras le corps par ces nouveaux fermiers, adeptes de la vieille école. Les médias parlent de retour à la terre, de légumes oubliés et de jardin d’Eden.

Derrière les beautés instagrammées il faut aller chercher la réalité. Car c’est la que le beau se dévoile, non dans la facilité d’un cliché surexposé mais dans la difficulté du quotidien. Il s’agit d’efforts et de force, physique et mentale. Il s’agit d’êtres humains dévoués à la terre. Voilà où chercher la beauté, je crois : dans la courbe du dos qui s’incline jusqu’au sol, dans la goutte de sueur mêlée de poussière, dans la mèche de cheveux collée au front, dans les muscles des bras qui se contractent, et la peau tannée, parfois brûlée, et les mains solides, rugueuses et sales, et le sourcil froncé, chapeau enfoncé,  pieds ancrés.

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Bien sûr j’aimerais te dire que c’est idyllique et évident, que c’est un choix qui va de soi. Mais je n’ai pas de filtre instagram sur les mots, et j’ai vraiment mal au dos.

Pourtant, j’ai le rythme facile des intérimaires volontaires. Mes petites 5 heures quotidiennes, tranquille Emile. Quand je m’effondre sur le canap poussiéreux à 13h, les jambes en feu et les mains noires, je sais que dans les rangs, ils continuent le dur labeur : désherber, ratisser, tasser, strier, semer, dépoter, planter, ajuster. Bricoler les outils, réparer un abris, fabriquer les tuteurs. En parallèle ne jamais s’arrêter de penser, d’anticiper : il y a la chimie, la biologie, pour comprendre le terrain et les graines, et puis il y a le commerce, la communication, pour répondre à la demande, organiser les marchés, les livraisons. Et puis il y a le reste, la vie : s’aimer, faire des enfants, rencontrer, rire, s’instruire, instruire, se détendre, manger, boire, soupirer, dormir.

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Les saisons imposent leur rythme, et l’homme adapte ses besoins. L’été est intense, florissant et éphémère. Chaque jour la récolte est plus riche, les tomates ne cessent de croître, les fraises abondent, les courgettes se multiplient. Sous la chaleur on les regarde mûrir à vue d’œil, et quand on aura tout cueilli aujourd’hui, la scène se répetera demain. Il faut donc aller vite, ne pas laisser éclater la peau des tomates sur l’arbre, ne pas laisser les aubergines s’alourdir sous les feuilles. La nature est généreuse et il faut profiter de cette opulence, puiser dans la corne d’abondance des heures durant.

IMG_3199 L’hiver, nous dit-on, est beaucoup plus calme. Après le sprint estival vient la douce endurance de l’hiver. Les légumes, les racines, prennent leurs temps pour grossir sous terre, et vous laisse prendre le vôtre pour les récolter. C’est là que la famille prendra du repos, du vrai : des vacances ! Ensemble ou en solitaire, retrouver le temps pour soi, recharger les batteries.

Les premiers jours je me demande vraiment où chercher l’énergie. Je n’arrive qu’à péniblement me lever, marcher, travailler, presque machinalement –alors que peu à peu on se rendra compte qu’il faut penser le travail, même mécanique et répétitif, l’intellectualiser pour nous rendre efficace ou pour nous ménager. On se rend compte aussi de la maléabilité du corps. Les muscles rechignent un temps puis se font à leurs nouveaux rituels.

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Le métier rentre, l’habitude : encore une fois, s’adapter. Ils font ça sept jours sur sept depuis treize ans, alors que j’y suis depuis trois jours à peine. Mon esprit est rempli de sentiments contradictoires, orientés alternativement par la beauté du geste, des produits, du projet, et par la douleur du quotidien. J’aime et je hais ces instants. Les mouvements internes sont extrêmes et c’est ce qu’on était venues chercher, inconsciemment.

Parfois j’efface tout ce que je viens de t’écrire parce que ça n’a aucun sens, tant que tu n’auras pas les pieds dans la boue jusqu’aux genoux, un matin pluvieux de janvier.

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Ca fait 3 jours qu’il pleut sans discontinuer. L’eau monte partout, et s’infiltre sous nos peaux. Des centaines d’oignons sont en train de se noyer. L’économie mondiale se fout de la météo. Au marché, tu voudras toujours acheter ta botte d’oignon nouveaux 3 dollars, que la ferme en ai perdu la moitié dans la bataille, et que les internes aient dû s’immerger des heures durant pour les récolter t’importent peu. C’est la face cachée de l’iceberg, l’envers du décors, bref, le truc dont tu n’as pas à te soucier en tant consommateur. Parce que tu ne sais pas , parce qu’on ne t’a jamais montré, serait-ce différent si tu savais, dis moi ? Est-ce que tu serais d’accord, est-ce que tu comprends, POURQUOI ce n’est pas viable de tirer sans cesse le prix des bonnes choses vers le bas ? Moi il m’a fallu du temps et des efforts, pour comprendre.

Ils font le taf, sans jamais se plaindre, et sans impacter leurs pertes sur ton portefeuille. Ils sont exemplaires. Et si de nous-mêmes nous trouvions sensés, humain, mathématiquement logique de payer plus quand ça coûte plus… ?

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Mes fournisseurs chéris te le diront, je n’étais pas loin d’être la pire dans la négoce. Je devais faire entrer mes produits bio dans un plat à dix balles, alors oui, je marchandais sec. Sans vraiment me demander dans quelle mesure c’était faisable ou bien fondé. Sans penser aux conséquences.

Parce que je ne savais pas.

Certains, les plus intelligents et les plus patients (tu auras reconnu les incomparables gars du Zingam et de Poiscaille), ont pris le temps de m’expliquer ce que c’est que d’être agriculteur/pêcheur/éleveur. Ce sont évidemment les fournisseurs qui travaillent avec les producteurs, pas ceux qui achètent en gros sans savoir même ce qu’ils revendent. Ce sont ceux qui sont passionnés, qui vont sur le terrain, qui connaissent la réalité de ces quotidiens. Je les remercie profondément d’avoir semé les graines de la conscience professionnelle dans ma petite tête de mule. Les jeunes pousses ont fleuri depuis mon printemps parisien, et je continue de les arroser de rencontres et de réflexions ici, en plein été australien. J’essaie de cultiver la conscience et la connaissance, mes plantes fragiles, afin de pouvoir vivre plus sereinement. Le matin me regarder dans le miroir sans trop froncer les sourcils, ou me demander ce que je fabrique ici, sur terre.

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Aussi, je sais que je ne serai pas agricultrice. Je ne me lèverai pas à l’aube pour nourrir les poulets. Mon quotidien ne sera pas fait de semis, de rows et de tuteurs. Non, je me lèverai à l’aube pour nourrir les hommes, pour cuisiner ce qui a poussé dans les rows, ce qui a été planté, choyé, arrosé, récolté. Je continuerai d’être le cuisinier aux services de ces alchimistes de la terre. La vocation est de plus en plus forte, et prend d’autres dimensions au fur et à mesure des jours que je passe ici.

Mon image du cuisinier évolue énormément. Dans un anglais confus ou un français précipité.

It’s not anymore about being creative, original, even sometimes obsessive, in a way to be the best or the well-known, my mind is moving into something deeper, something still a bit confused. But sincerely trusted.

C’est une image floue mais persistante, où se mêlent les mots, les idées et les langues: cook in a sustainable way, feed people, never waste anything, never through away, be cheap and generous, be fair, be honest, be good, make happy mouths, contented bellies. Faire aux mieux, revoir ses objectifs, moins de profit, plus de bon sens. Know your products, cook EVERYTHING, ne cède pas à la facilité. Know every step of the process. Cook everything coming out from the soil, and show people how grateful it is. Use the old, the unloved, the ugly. Be creative in a way to be good for earth.

Yes, be GOOD, in taste, in mind, in heart. Be fucking good.

J’ai goûté pendant trois semaines aux joies et aux peines de la vie à la ferme, j’ai goûté aussi et surtout les meilleurs légumes de ma vie. Et c’est là l’incroyable récompense quotidienne: cuisiner ces produits-là, les sublimer avec deux trois choses à peine. Quand le doute prend trop de place, parce que la douleur dorsale insiste, parce que la pluie ne te lâche pas la grappe, take a break, go to pick some carrots. On your way, grab a few oregano leaves. Installe toi dans la cuisine, put the stove and the music on, et repère le miel fermier sur l’étagère.

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Détends-toi, écoute Cat Power, fort. Fais bouillir un peu d’eau salée. Blanchis les carottes juste lavées, pas épluchées. Monte le son, égoutte-les quand elles sont al dente. Danse un peu pendant que le beurre chauffe dans la poêle. Ajoute pas mal de miel, fais caraméliser, pas brûler. Ajoute les carottes, du sel et du poivre, l’origan sur sa branche, ne t’embête pas trop. Remue tout ça avec amour, envie et délicatesse. Quand ça commence à brunir, disons, quand ça prend la teinte de tes épaules exposées au soleil australien, déglace au vinaigre de cidre. Enrobe le tout d’un plaisir non dissimulé, récupère les sucs, retrouve le sourire. PARTAGE, MANGE, ENJOY.

***

La ferme: Old Mill Road farm, in Moruya, NSW, Australia

Poiscaille: LE casier de la mer pour les particuliers, de l’iode en direct des pêcheurs, délivré à Paris dans des endroits très chouettes (petits rades du 10ème, 19ème et 20ème)

Le Zingam: la meilleure épicerie de quartier de tout paname, fruits, légumes, oeufs, fromage, crémerie, pain, vin, bref, l’essence de la vie.

 

Le temps des cerises / Victoria

Le rouge aux joues, excitées par le vent brûlant de la nouveauté et des retrouvailles en cavalcade, essoufflées, exaltées, on s’affale et se plonge enfin dans la langueur des fins de jour d’été. Le long de nos tempes coule la sueur salée, dans nos cheveux quelques brins de foin emmêlés.

Les chevaux sont retournés au pré . Enfoncée dans les coussins de ce fauteuil usé, je regarde le jour décliner et sens mes muscles encore travailler. C’est le souvenir palpable du galop matinal, de la puissance des foulées quand on se laissait emporter.

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Depuis Melbourne, le train a roulé deux heures jusqu’à Seymour, Victoria. Puis il a fallu rouler une heure encore, dans le 4×4 de Zoran.  Nina a travaillé cinq mois à ses côtés à la ferme. Avec lui elle a nourri les poules, les cailles, les cochons, a rassemblé les brebis, dépecé les moutons, arpenté les collines. A l’époque, les courbes du territoire étaient encore vertes et humides. Désormais, sous le soleil de plomb, tout se teinte d’ocre. La poussière vole sous nos pas bottés. Les robes alezanes des poulains se fondent avec la terre du sol aride. Les mirages d’eau apparaissent sous la route en ébullition.

Des cris perçants résonnent en l’air; les cacaotès rodent en bandeau dessus de nos têtes.

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Sydney, Bondi et ses cafés, Melbourne, Fitzroi et ses looks déjantés sont soudain déjà bien loin. Dans nos jeans élimés, sur le deck au plancher fêlé, on se gave de cerises et on se désaltère à la ginger beer. J’apprends à conduire à gauche et à fermer les enclos en selle. De bon matin, Zoran, fusil à l’épaule, m’embarque en quad à travers prés. « We need three pigs, three lambs, two goats ». Je l’observe sans rien dire, découvre des savoirs-faire ancestraux.

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Ses gestes précis sont les maillons d’une chaîne faite d’or, patinée par le temps, polie, rayée, usée comme ses larges mains, mais que rien ne semble pouvoir briser. La joaillerie artisanale se passe d’intermédiaires aux interventions douteuses, coûteuses. Zoran, maître bijoutier du monde animalier, élève, nourrit, abrite, abreuve, soigne, chasse, achève, dépèce, délivre. From earth to table.

Sans crier gare il stoppe le bolide, vise, shoote. Sur ses épaules repose la bête, et le poids d’une vie si différente des nôtres.

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Sans interrompre sa gestuelle machinale, il me parle, un peu. De ses 20 ans, de la Serbie, de la guerre. Puis de Shanti, la jument encore sauvage et rebelle il y a quelques mois, qui aujourd’hui l’écoute, apaisée et apprivoisée.

Sur la route pour Alexandra, le paysage happe mon esprit. Les collines majestueuses, les arbres solitaires, les motels isolés. Je vois de vieux westerns en souvenir et mes fantasmes d’outback brûlant. Nina me dit que ce n’est rien comparé au désert, au far West, à la terre rouge des environs de Perth. J’en prends pourtant déjà plein la vue. J’ai le regard avide des nouveaux arrivants, alors que mes hôtes se baladent en terre quotidienne, observant simplement le changement de saison.

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Nos chaussures crottées s’alignent devant la porte d’entrée. Les leurs portent les marques du temps, des longues marches, des chevilles qui se plient et assouplissent le cuir, des barbelés enjambés. Zoran est reparti au milieu des bêtes et sous la canicule, tenace même au crépuscule, alors que l’on étend nos muscles endoloris vers le soleil couchant.

deck

Si l’on ne donne pas de la confiture aux cochons, ceux de Yark sont nourris aux cerises. Les arbres plient sous le poids de ces fruits dont on ne sait plus que faire. Quoi que… Leur chair charnue, rouge sang, craquelée par les excès de soleil, côtoyant sur l’établi les œufs du poulailler, est un appel au clafoutis auquel je ne peux pas résister.

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Tout en plongeant régulièrement ma main dans le seau débordant de ces perles de drogue douce, je me remémore la saveur du gâteau familial. Le parfum des étés chauds passés au jardin, la texture inégalable de la recette maternelle, celle qui se transmet sans précision mais avec passion… Je partage avec Nina ces temps de l’enfance, de l’insouciance, puis c’est elle qui partage avec moi sa recette, notée avec application dans son carnet de voyage. Let’s do it. A nous de transmettre à cet hôte bienveillant notre quotidien, nos skills, notre routine passionnée. C’est à l’heure du goûter qu’on est les plus à-même de le remercier, trimballant dans nos bagages ce modeste savoir-faire des apprentis sorcières à demi-pâtissière. Le gâteau comme potion magique, pour reprendre des forces et continuer à tracer nos routes.

Clafoutis, recette pour 6 personnes

4 oeufs
40cl de lait 
25cl de crème 
90g de farine
90g de sucre brun
500g de cerises
1 noix de beurre
sel fin

Préchauffer le four à 180°. Beurrer un plat à gratin, répartir les cerises sans les dénoyauter. Mélanger les oeufs et le sucre au fouet, ajouter la farine, puis le lait et la crème. Ajouter une pincée de sel. Verser le mélanger sur les cerises, enfourner environ 40 minutes.
Si vous avez la patience, c’est encore meilleur froid, au réveil, quand se soleil se lève à peine.

New Mornings

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Few things have changed since I’ve flew across the world. Language first, obviously. My brain is turning into new habits. Habits of an imperfect English speaker. Suddenly my first thought when I wake up pop in this childish approximate English.I count my days left in Sydney in English. I count my money left  English. Well, for both it’s so easy that it’s almost nothing. Time runs faster than I do; my first day cruising in Bondi was yesterday, whereas I have to live tomorrow !

Whenever, daytime starts very early in here. Sun is up and warming us up from 5.30 This is the best moment to enjoy it. City is not fully awaken yet, carpenters haven’t start their noisy hard work, shops and bakeries doors are half open. Here are your last few minutes left of silence. Only birds and ocean sing.

When 6 o’clock rings, coffee time is calling. Citizen’s motion is on.

High skilled Baristas turn Marzocco machines on. They start grinding their chosen coffee beans, checking their soy-plain-rice-almond milk stock. Shia seeds are ready to serve, soaked all night in organic coconut, seasoned with local honey, topped with fresh mango and roasted nuts. Chaï tea is perfectly brewed.

Fit girls just go out from their Bikram Yoga lesson, sweaty, healthy and hungry. Stretching their tanned legs while waiting for green cold press juice. Well, here are Bondi girls.

If you wake up in Surry Hills-that can happen whereas it was not on purpose- girls won’t be wearing Nike leggings but vintage Levi’s shorts. A little less gym, a little more fashion. Same cold pressed juices loved.

Wether you are in Bondi, Newtown or SurryHills, Sydney morning cafés will always recover you from this mad hungover hitting your face. (Yes, some things never change)

Breakfast is sacred as good coffee is. I was used to Parisian expresso, that I could probably never drink anymore, or at least never call coffee. Little Cafes roast their own beans. Coffee in Sydney is serious. Baristas are obsessively efficient And passionate. And, indeed, you definitely enjoy your morning coffee in such a different way !!

This is not anymore about getting a shoot of caffeine to feel alive. It’s about taking your time to choose first. Expresso, macchiato, latte, flat white, cappuccino, mocha, copious, long black. Single or double shot. Soy or almond. brown sugar or not.

Then, take your time, taste it slowly.

if you’re not hungry enough yet, don’t worry. Any cafe you’ll decide to stop by later will offer you an amazing breakky menu. of course, some are better than others. But mainly, they know how to deal with scrambled or poached eggs, avo side on toast and extra crispy bacon. Homemade muesli, cookies, muffins and carrot cakes are very good standards.

There is no need to check reviews too much, as I used to do in Paris to avoid scammers of hospitality. in here, it seems that everyone wanna do it well. Comfort you with his food, smile, sweet beard and perfectly balanced chai latte.

Oui, c’est vrai, c’est parfois too much. everything si alright, everbody is over smiling, And kind, And helpfull, And ..what? will we really complain about it…?

Monday, 29 of November, 31 degres. It’s almost 9am and you’re late for Sydney. You painfully open your eyes, sun hit you through the curtains, fresh air from balcony just tip your skin. House’boys are still asleep. One storing on the sofa, one rolled into his sheet , the third one left at 5 to go fishing, or end his nigh on the boat ground probably.

On your way to grab the holly ice-long black, you cloudy remember Sunday at Rootstock festival, and all those delightful natural wines. Cruising on footpaths trying to remember tastes and faces.

You finally land on a comfortable bench at Cafe Con Leche, columbian-australian cutest place around. You stay for hours, watching local’s ballet in and out to get their take away fav drinks. When the young waiter brings your pineapple-orange-ginger-cucumber juice, you feel better already. In your bag, you notice this little notebook barely open since you arrived. And the pen fixed on it. And no more reason to not try new things, new skills, in this new morning.

 

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Cafe Con Leche

104 Fitzroy Street NSW Sydney

Open everyday from 7am to 4pm

En plein coeur

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Hier, aux alentours de 4h du matin et quelques verres, un ami cher* m’a tenu à peu près ce propos: « On t’aime comme tu es bordel. Si ça plait pas à certains, tu les emmerdes. On t’aime, c’est comme ça, c’est tout, tu les emmerdes, ok? »

Majeur brandi pour majorer ses dires, j’avais compris.

J’ai versé encore quelques larmes d’hésitation, expié les doutes à la lueur d’une absence de lune, puis repris la plume.

Mon coeur est un mille-feuilles, fragile et démesurément garni, prêt à déborder de tous ses sentiments quand on le coupe. Ses feuilles sont les strates chronologiques de rencontres merveilleuses, parfois douloureuses, toujours précieuses.
Je suis l’artichaut à l’infini, éparpillée éparpillant des petits bouts de coeur au bout de mes feuilles. Planté en plein champ, j’ai poussé ici à Paris, étoffant mon feuillage jour après jour de ces nouvelles amitiés, complicités naissantes, amours fulgurants.

Et si l’on me mangeait demain,  à chaque feuille mordillée j’énoncerai vos noms, un à un. J’en oublierai c’est sûr, mais arrivant enfin au coeur vous seriez tous là. La chair dense, délicate et puissante du coeur d’artichaut, la saveur douce amère des souvenirs. Le coeur, socle des émotions.
Manger un artichaut comme feuilleter un album photo, celui de mes quelques trente dernières années à vos côtés. Feuille après feuille je savoure ma fleur préférée et pense à vous à chaque bouchée. Il y a les fidèles, les depuis toujours, les qui le seront pour toujours, les passages-éclair, les sans en avoir l’air. Il y a des années qui passent sans qu’on s’en aperçoive, des visages des figures, tournées vers le futur.

J’en oublierai mais arrivant enfin au coeur vous seriez tous là, c’est sûr, Dominique, Michel, Adrien, Noelle, Marieke, Julia, Julien, Audrey, Yoann, Nicolas, Matthieu, Jonathan, Julien, Stephanie, Victor, Léo, Christophe, Sophie, Morgane, Hugo, Valentin, Marion, Boris, Boussic, Sarah, Gardon, Jean-Philippe, Agnès, Emile, François, Donald, Basile, Adrien, Mélanie, Anto, Greg, Olivier, Minou, Léo, Florent, Natasha, Guillaume, Laetitia, Thomas, Antho, Piri, Angélique, Perrine, Greg, Ben, Estelle, Kévin, Olivia, Lo, Fabrice, Raman, Laurence, Juliette, Allan*, Loren, Lelio, Daniela, Agathe, François, Romain, Josee, Alexis, Edith, Valentin, Cécile, Charles, Lucile, Guillaume…. Le fil de ma mémoire s’entortille, les feuilles s’empilent et se confondent, et mes souvenirs se fondent.

De près ou de loin, pour de vrai pour de faux, de jour comme de nuit, j’ai entendu vos voix, ri à vos mots, souri à vos lèvres, marché dans vos combines, appris de vos talents, marché sur vos talons, dansé dans vos salons. Ce que l’on partage, que ce soit le temps de toute une vie ou juste d’un regard, s’inscrit sur les pages de ma mémoire et écrit mon histoire.

Vous êtes, avez été, serez, la crème de la crème pour mon mille-feuilles. Vous êtes la gousse de vanille en infusion; vous êtes la saveur, l’umami, le sel de la vie. Alors un peu beaucoup passionnément ou pas du tout, et avec mon grand bordel de coeur d’artichaut, je vous aime.


(ps: pour l’amour, pas de recette)

No more panic / oh my homard

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On réactive les cordes sensibles à trop tirer dessus. C’est mieux que de se pendre, c’est si bon de se perdre. Marcher sur le fil, mon horizon perdu dans les nuages, les vapeurs de nos nuits, oui marcher sur le fil d’un extrême à l’autre tendu à travers vous.

Un pied devant, l’autre en équilibre au dessus du vide. Le pas hésitant qui fait balancier, qui à tout moment peut tout faire basculer. Tu es si vulnérable perchée sur cette ligne de vie au creux de leurs mains.

Leurs mains, douces et fortes sur ton cou, au creux du coeur, dans les recoins du corps. Les mains des hommes comme filet si je tombe.

Ce sont les mains du père en filigrane, grandes, épaisses, rudes et rassurantes à la fois. Celles que l’on garde en ligne de mire la première fois qu’on pédales sans petites roues, au cas où. Celles qui nous soulèvent bien haut quand on est fatigué de marcher. Celles qui menacent quand on fait trop de bêtises. Ce sont les mains adroites qui préparent les hameçons pour la pêche, les mains puissantes qui portent commodes et tableaux, les mains fuyantes qui portent le verre à la bouche.

Je m’accroche à vos mains comme à des lianes, d’arbre en âme je me balance. J’ai la souplesse du petit d’homme, Chita ascendant Jane. D’arbre en âme je trace des allers retours de haute voltige, vertige. Sans trop y penser je joue à tout balancer.

J’aime danser sur la corde raide, ivre des instants éphémères et de nos derniers verres, pour vérifier qui me rattrape quand je succombe. Il faudrait pourtant marcher sans filet petite, finies les petites roues et les grands hommes. Ce serait juste toi et le vide, toi et la vie. Ce serait peut-être cesser les acrobaties vertigineuses, descendre en rappel vers la terre ferme. Ce serait peut-être au contraire jouer à balles réelles; assumer la chute d’un élan manqué, l’échec d’une figure mal maîtrisée. Etre le funambule libre. Etre celle qui choisit la corde et les points d’attache, qui décide la distance et la résistance.

Par peur du vide j’ai longtemps choisi de ne jamais me laisser le temps de l’apercevoir. Aller vite, d’une seconde à l’autre toujours en mouvement, de l’un à l’autre continuellement. D’une liane l’autre à la vitesse de la lumière, éblouie volontairement, je survole ainsi mes peurs abyssales.

Mais on n’échappe pas à ses peurs indéfiniment. C’est grandir que de les affronter, quand on n’a plus le choix. Quand personne d’autre que toi ne sautera le pas. Je ne pensais pas pouvoir « le » faire. Pas, jamais, never.

Me voilà face à cet animal à mille pattes, vivant et vibrant, mygale de la mer: l’objet de toutes mes angoisses en carapace royale. Je me revois tétanisée à la vue d’une minuscule araignée, tapie à l’angle du plafond, lointaine, inoffensive. Je me revois prise au piège d’une peur qu’on n’explique pas, qui te tourne la tête te retourne le ventre. C’est la paralysie, l’asphyxie, la phobie.

Et je me vois aujourd’hui face à ce monstre délicieux, objet de désir et d’effroi à la foi. Je n’y ai pas cru une seconde. La suivante il était cuit.
Saisi, tenu, à mains nues, maîtrisé, coupé, assaisonné, grillé vif. J’avais réussi avant même de m’autoriser à croire que j’en étais capable. J’avais survécu, affronté les mouvements aléatoires et irréguliers de ces pattes tentaculaires, de ces pinces désynchronisées. J’avais vaincu la peur parce que je n’avais pas le choix. Le mécanisme réactionnel habituel s’était tu. No more panic.

Je reste encore mitigée quant à l’effet de cette découverte. Je jubile discrètement d’avoir expérimenté le dépassement de soi; tout en m’inquiétant d’avoir au même moment expérimenté le sacrifice d’un être, à des fins personnelles. Et faims personnelles. Oter la vie à ce superbe homard, geste anodin pour certains, avait eu pour moi des conséquences très conséquentes. J’avais découvert la part téméraire de moi-même en goûtant la chair des chairs.

 ***

Pour en arriver là, ou à peu près:

Procurez-vous un joli homard (pêché à Concarneau par Jean-Pierre Coïc par exemple, et rapatrié par Poiscaille). Armez-vous d’un très grand couteau, solide et résistant, comme vous. Allumez le grill du four, puissance maximale. Coupez net. Je vous mets une petite vidéo pour les détails. Salez la chair, ajouter pas mal de beurre, un zeste de combawa si vous aimez, et du piment d’Espelette. Enfournez 7 à 8 minutes en haut de votre four. Sortez les bêtes, séparez les grosses pinces et remettez ces dernières au four 3 à 4 minutes supplémentaires. C’est tout, mais c’est déjà beaucoup.

Chercher ses mots // L’ Orillon, Paris XI

Assise sur ce banc ensoleillé, griffonnant malhabile au stylo bille, je me vois répéter le schéma. Des lignes en italique anarchique, pleins et déliés qui montent, descendent en cadence. Voilà, les lettres se forment et ma langue se délie. Le trait routinier suit sans hésiter son axe préféré. La tendance? Des rimes des assonances, mon énumération étouffant la narration. J’essaie pourtant de faire de la résistance. Changer d’encre, de tempo, d’optique, allez quoi ! Mais rien n’y fait. Le rythme de mes syllabes s’accroche au papier. L’ habitude noircit les pages du bout de la plume, un genre de destin-enclume.
Je rêve souvent les nouveaux mots, ceux qui s’enchaînent et s’envolent au delà des lignes pointillées du cahier, et me libèrent de ces chaînes. Je rêve d’une trêve avec la trame, trop tracée, de ma vie dans la vie empêtrée. Mais j’ai l’index figé, le pouce coincé, la motricité étriquée. Je répète en pleine inconscience, dénuée de toute volonté, comme un automate vieillissant. J’aurais appris quelques figures, le mécanisme branché sur la fêlure, trois petits tours et puis s’en vont? Enfin voyons… Quelle tristesse que de se laisser emprisonner par le passé, le savoir-faire rassurant d’un succès suranné.

Mais rien n’y fait je te dis. Les habitudes tiennent bon, s’ agrippent et t’ enlacent, te rassurent malgré tout. Il ne faudrait pas cesser de les combattre pour autant. J’ai jeté ma boîte à crayons. Puis j’en ai sauvé un de l’extinction, apeurée par le sait-on jamais. Puis j’ai gribouillé mes trucs comme d’hab. Des petites peurs en O  fermé à double tour, des angoisses oppressantes en T majuscule, des virgules à outrances pour ne pas cesser de respirer… et cetera et cetera et cetera. Les lignes malignes ont rempli les vides, efficaces point à la ligne. Alors j’ai repris la voyelle sublime, celle de ces histoires d’ A auxquelles on ne croit pas. Evidemment il m’a fallu quelques crochets, c’était les pluriels nécessaires. Puis des courbes en aller-retour et des points sur les i. Sans oublier les deuxL-E, pour les amies, essentielles. J’ai fait tout l’alphabet, sans ordre et sans regret. J’ai repris mes classiques, mes gammes métriques, mes rituels syntaxiques.

Certains disent reculer pour mieux sauter. J’y songe, j’y crois. Affuter pour mieux couper. C’est comme ça que j’espère me faufiler dans les mailles du filet; celui que je me tends, ce piège noir sur blanc. Passer entre les lignes, froisser le papier et mon égo, sauter en marche et laisser courir l’encre. Si l’écriture est une libération, dans ce carcan des habitudes elle devient pour moi aliénation.  Mes mots à la con, mes phrases sans phare, l’absence de liaisons, de cohésion, l’omniprésence, les redondances, mes mots à la con mes phrases sans fard.

J’hésite encore ce matin, à me blottir dans la douceur des habitudes. Si les mots m’agacent, me déçoivent, me lassent, il est des domaines au contraire  où le rite et la répétition du geste me comblent, sans jamais m’accabler. Le chemin battu, tel la crème sur les figues d’été, est parfois la voie évidente, réconfortante.

C’est regarder pour la sixième fois un film de Bezançon. C’est relire This is water de David Foster Wallace. C’est enfiler la salopette en jean. C’est boire un café, serré, sur le 3ème tabouret en partant de la droite au Bastringue. C’est un poulet rôti à Jules Joffrin, des madeleines à Marseille, des abricots rue du Chemin Vert, une mousse au chocolat à Santeuil, un Boit Sans Soif à la Cave, une Margarita aux Triplettes. C’est écouter la même chanson en boucle. C’est danser jusqu’à ce que le soleil se lève. C’est s’oublier dans la frénésie de la nuit, s’extasier du soleil au matin.

C’est aller à l’Orillon, au comptoir, négligemment s’asseoir et se laisser nourrir. D’un bouillon essentiel versé sur la bonite crue, les légumes croquants, les pétales d’ail frits, les amandes grillées, le choux-fleur vinaigré. C’est confier ces moments d’errance au savoir-faire et à la bienveillance d’un aîné.

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L’ Orillon bar
35 rue de l’ Orillon
75011 Paris

Ouvert du lundi au vendredi pour le déjeuner de Monsieur Thomas Chevrier (plat du jour 10euros, formules 13 et 16 euros)
Ouvert du mardi au samedi soir pour les sourires, les cocktails et les planches de douceur de Guillaume, Antho et Valentin.

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