Archive for the ‘Restaurants’ Category

Le jeu de l’amour et du hasard rue Paul Bert. Au 6, précisément.


Aaaah Marivaux, quel plongeon dans le temps rien qu’à t’évoquer
. Tu m’as tenu compagnie sur ces chaises inconfortables de l’unviersité Paris VII, quand je m’ennuyais ferme en cours de syntaxe. Je replongeai alors avec légereté (et excuse valable) dans les chapitres de tes pièces légères, mais pas tant. Bref, chaque fois que mes idées rencontrent le mot hasard, ton souvenir me revient: pages cornées sur livre de poche, pièce réinterprétée par quelques élèves sans talent, extrait enflammé joué par orateur de talent. Je crois qu’au fond c’est le contexte qui me revient, et le titre qui me colle à la tête. Demande-moi de te résumer le propos du texte, je crois bien honteusement que j’en serai incapable. Enfin, il était là bien sûr question de rencontre, de classes sociales, d’amour et de hasard.

Je relis quand même mes fiches pour être crédible et je dois te dire que j’adore les coincidences. Ces petits trucs improbables qui te rende crédule, naïf, voire péniblement optimiste et enjoué (ah oui, ça change). Alors que sur le feu s’agitent tranquillement quelques bas morceaux de boeuf (collier, jarret, plat de côtes) dans le vin rouge, voilà que Dorante, déguisé en serviteur pour espionner sa future (il est promis à Silvia) prend pour surnom Bourguignon. Il ne m’en faut pas plus pour croire qu’il sera réussi (le boeuf Bourguignon, tu suis?) et que ce n’est pas par hasard que je repense à Marivaux aujourd’hui.

Revenons à nos amours mes amis. Tu es en droit de te demander bon dieu mais qu’est-ce que vient donc foutre Marivaux dans les fourneaux? Ah ça… Pas grand chose en soi, si ce n’est que bien souvent le hasard fait bien les choses.

Tu programmes parfois des mois à l’avance un évènement magnifique, tu t’y prends comme un chef pour que tout se déroule sans embûches, tu fais croître l’espoir et l’attente en décomptant les jours. En vérité, tu t’imagines bien des choses, tu finis par y croire dur comme fer, et je suis prête à parier que tu seras forcément déçu. Un peu comme attendre 3 mois et dîner dans le meilleur restaurant du monde, tu vois.

Alors que si, au gré du vent, tu te balades un mardi matin dans le 12ème arrondissement de Paris, tu as bien plus de chances d’être 1) agréablement surpris 2) doublement satisfait.

Bien sûr il te faut quelques circonstances aidantes. J’explique et j’exemple. Tu as un rdv médical à 9h30 métro Pelleport (tu sais, cette station inconnue où personne ne va), ce qui signifie : réveil au aurores + traversée de Paris dans le froid + légère angoisse (ce point vaut pour les hypocondriaques surtout). Jusque là, rien de follichon, on est d’accord. MAIS :
- tu es tout prêt du marché d’Aligre, d’une super boucherie dont on a t’a vantée les mérites, de ton ancien chef pâtissier, de la maison POS
-tu as besoin de faire les courses pour un boeuf bourguignon, un velouté de céleri, une galette des rois
-tu as très potentiellement toujours 1 ou 2 personnes suscpetibles de t’appeler à l’heure du déjeuner pour manger

Et finalement tu commences à bien kiffer de t’être levée si tôt. Non seulement tu n’as pas de cancer du petit doigt, mais en plus tu as pu glander royal dans les allées du marché (à 10h, 3°, un mardi matin, je t’assure que c’est tranquille), et quand tu commences à avoir les crocs Sophie t’appelle. Il ne faut pas plus de 2minutes de conversation pour convenir d’un rendez-vous. « hey mais tiens y’a pas un truc qui vient d’ouvrir rue Paul Bert? ».

Autant il nous arrive de mettre 3 semaines avant d’arriver à se croiser autour d’un café, autant parfois le hasard d’un appel sans grand espoir et sans attente (vais-je répondre, ou suis-je, ai-je faim?) nous facilite la rencontre et nous réjouit. Et nous voilà, midi pétante, attablés au 6Paul Bert, dernier né de la famille (bistrot Paul Bert, écailler du bistrot). Aucun de nous 3 n’a eu le temps de pervertir le moment en lisant les 36 articles paru dans la foodosphère asphyxiante, et on savoure comme trop rarement les joies du hasard à table.

j’ai peur des mots tellement le dytiranbisme fatigue. Mais je dois t’avouer que je n’ai que du bon à dire. L’endroit est super, la cuisine ouverte est belle, en salle et en cuisine c’est sourire et professionalisme, et dans l’assiette ça envoie du gros lourd . 20 euros, entrée/plat/dessert/amour/hasard, t’as vu ça où récemment hein?



Ce jour par exemple:

en entrées: oeuf mollet/salade d’oreilles de cochon ou saint jaques snackée/panais/olive
en plats: onglet de cochon/saucisse fumée/choux de bruxelles ou plat de côte de boeuf pressé/carottes
et en desserts: fromage du jour/tarte chocolat noix de pécan/parfait glacé crème à l’érable

Si tu étais pas très loin d’Accrocs ces temps-ci, t’as dû voir que ça s’énervait un peu, que ça flippait sévère, bref, c’était pas tout rose quoi. Mais tu vois, heureusement, il reste toujours du Marivaux quelque part. Entre l’accent québequois d’un cuisinier inspiré et la rencontre inespérée d’amis affamés.

Le 6 Paul Bert
6, rue Paul Bert
75011 Paris
Tél. 01 43 79 14 32

Quand j’écris Populette, le smartphone dit poulette. Il a pas tort. Populette, Paris XIX

Parfois je hais sérieusement Paris. Je t’épargne la liste non-exhaustive des raisons de cette haine, mais en vrac ça causerait de pluie, de monde, d’urgence, de cons, de pollution… Rien que de très banal. Mais ça, c’est parfois. Le reste du temps, id est le plus souvent, je m’en remets à l’évidence : c’est de l’amour/haine que je ressens pour toi, Paris chéri.

Ce samedi, j’ai même trouvé beaux les immeubles de la rue Riquet, c’est dire. Il a suffi d’un rayon de soleil, d’une façade en trompe l’œil, du gris givré des gratte-ciels…

Je t’ai déjà parlé de ce quartier, au dessus des rails de la gare du nord… je ne te remets pas en contexte, même si tu peux aggraver encore un peu le tableau en ajoutant l’étroitesse de la rue, la boucherie plus que louche en face.

Au 86 bis de la rue Riquet, il y a des lampions multicolores, un peu de buée sur la vitre et une ardoise :


et puis une affiche qui titille : vide dressing

Paris sait me prendre par les sentiments. L’inattendu, l’effet de surprise, la petite attention. Messieurs, prenez-en de la graine…

Voilà pourquoi j’aime Paris. Tu peux te rendre dans un de ses coins paumés pour boire un café au comptoir, puis finalement te retrouver à manger des huitres, goûter the best sandwich in town et repartir avec au poignet une montre dorée chinée 10 balles.

Quatre poulettes inspirées derrière tout ça. Et aux fourneaux ce jour, Florent Ciccoli, touche à tout affamé que vous croiserez aux Pères pop’ ou au Passage. Du Joël Thiebaut dans le sandwich, du Tame Impala dans le vinyle, du vintage dans les murs, des marmots dans les poussettes, des barbus dans les bonnets, des sourires dans les miroirs. Du gros love in the air.

Tu peux y aller juste pour le café à 1 euro (oui, même si tu prends une noisette). Ou pour le bourguignon du midi vu comme il caille. Ou pour le  bon son from l’International Records. Ou pour acheter l’applique murale sixties. Ou pour te marrer en zieutant les affiches des Bracolleurs.

Populettes

86 bis, rue Riquet
Paris 75019
petit menu quotidien à moins de 15 euros
pichet de vin pop’ à 6,50
café toujours à 1 euro

p.s: comme ça m’a mis en joie, je t’ai collé du bon link un peu partout dans le texte. Enjoy.

Strike. « Les Quilles », Ménilmontant

Un samedi, 19h30, les crocs. Pour des raisons financières/politiques/sentimentale, vous vivez rive droite, et pour rien au monde  ne traverseriez la Seine ce soir-là. Pas même pour le meilleur burger de Paname, c’est dire (propos fictif, sachez-le. Parce que le meilleur que j’ai pu goûté, mes amis, c’est encore rive droite, ah!).

Alors d’accord, le boulevard est moche. Affreux même. ça sent le graillon, le canard séché, la bière un peu rance, au gré de vos avancements à pas pressés sur les trottoirs de Ménilmuche. Les scooters se prennent pour des vélib’ sur piste cyclable, et les étals de fruits secs ont pris leurs quartiers jusque dans le caniveau. Mais insistez, allez. Faufilez vous, faites abstraction, encore quelques pas….

Une chemise à carreau surmontée de bretelles s’agite au comptoir, un barbu à béret y a élu domicile. En terrasse, ça trinque à la pression, ça discute avec le chef. Discrètement, un oeil à l’ardoise des liquides; le champagne Fidèle annonce la couleur. Ici c’est vins natures, carte courte. En route mauvaise troupe! Passée la porte, on oublie direct les tracas urbains du coin.

Le cadre? du bois, du chiné, du bistrot bordélique bien pensé. L’esprit? du sourire, de la détente, comme à la maison quoi. La cuisine? directe, sans chichis, mais avec tout ce qu’il faut. abordable et bonne. très bonne.

Une jeune fille gracieuse, cheveux courts et noirs corbeaux, s’affaire, discrètement, consciencieusement, en cuisine. Dans son monde.

Peu de clients à cette heure-ci, on est un peu entre deux feux, certains terminent l’apéro avant de filer, d’autres l’éternisent sans savoir lui donner suite. D’autres encore déboulent d’on ne sait où « Hello bonsoir, we booked a table », petit guide indé’food sous le bras. (peut-être ont-ils eux traversé la Seine depuis leur hôtel à Saint Germain des Prés?). Car oui, on se déplace pour venir aux Quilles.

Passons aux choses sérieuses. 25 balles. le menu. le soir. Sans déconner! tu peux payer le taxi sans angoisser du compte en banque à ce prix là.

Vous pourriez vous inquiéter un peu, sur les produits, la qualité, toussatoussa. Et je comprendrais bien. On perd un peu la signification du « rapport qualité prix » quand il devient habituel de payer 15 euros pour une salade en plastique, du poulet transgénique et trois pauvres croûtons issus du pain de veille.Eh bien, faites vous une petite partie de Quilles, rien que pour le plaisir de se remémorer l’existence des termes!

Pas d’entrée ce soir là, on y va cash. Tartare, nickel, aller retour, pommes de terre, herbes folles. RAS. Si ce n’est que c’est bon. En face, Cabillaud, et moi, muette comme une carpe. La meilleure cuisson de la bête qu’on m’ait jamais servie. Pourtant, je ne crois pas qu’ici il soit question de ‘sacsousvide’ et autres ‘thermoplongeur’. Non, ça sent juste le cuisinier attentif, sa poêle et son ressenti, sa maîtrise et son love du produit. Merci jeune fille, madame, mademoiselle, chef, ce que tu veux, mais merci. J’oublie un peu le fenouil et le chorizo avec tout ça, mais vous vous doutez bien que ça matchait nickel.

 

Dessert. Cheesecake. Une part énorme, fondant, décadent. Imparfait dans sa présentation, comme si ta meilleur copine te le servait après un repas aviné tu vois? et c’est ça qui fait le truc. Vous le mangerez en vous disant « ah putain c’est bon c’est bon c’est bon le  fait maison! ».

J’espère que vous lisez ceci, qu’il est 19h et des brouettes, que vous avez les crocs. Parce que là maintenant je vous file les coordonnées, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Sur le départ, j’étais encore si chamboulée de cette simplicité que j’en ai fracassé la carafe d’eau. Strike.

Les Quilles
123, boulevard de Ménilmontant
75020
métro Ménilmontant, Père Lachaise
0 1 47 00 03 66

 

L’inattendu 2012 // restaurant Pastis, Montpellier

Ne pas cesser d’espérer l’inattendu. Etre prêt à accueillir le nouveau, l’irréel, l’imprévu.

Les idéaux ont la vie dure, ancrés dans les profondeurs de nos esprits têtus. Rares sont les fois où nous arrivons à leur faire larguer les amarres, prendre le large, pour enfin disparaitre à l’horizon. Et pourtant, quelle joie parfois de s’en sentir libérés. Comme si faire table rase de toute perfection imaginaire ouvrait le champs des possibles du bonheur. Faites-vous une idée de ce cuisiner, de ses assiettes aurélolées ici et là, allez, après 6 mois d’attente impatiente, goûtez enfin le chef d’oeuvre rêvé…comme la déception sera grande! En revanche… Oubliez-le dès lors qu’on vous l’a décrit, ne surestimez pas ses talents, ne vous fiez pas aux rumeurs cajoleuses, allez jusqu’à le faire disparaître de votre esprit. Puis redécouvrez-le à l’improviste, sans même vous remémorez de qui il s’agit, ni pourquoi vous êtes là. Attablée et soudain, touchée par l’instantané. Sans a-priori. Je ne m’attendais à rien et c’est pour ça que j’ai eu le sentiment d’avoir tout.

Débarrassé de tout espoir vain et de tout idéal impatient, l’esprit est apte à recevoir ce qu’il aurait délaissé avec mépris, ne laissant pas même l’idée de se frayer un chemin jusqu’au jugement.

Le plus dur, une fois qu’on a gouté au plaisir de l’étonnement et du ravissement, c’est de ne pas être déçu en y revenant. Et ne croyons pas que c’est à l’autre, uniquement, qu’incombe la tâche de magnifier l’évolution dans le temps, de nous surprendre autant à chaque fois. Il se peut que ce soit bien à nous de savoir, à nouveau, oublier pour mieux re-découvrir, ne pas attendre mais se laisser surprendre. Essayons de ne pas fixer l’image du plaisir, évitons de croire que le bonheur continu tient à la répétition. J’espère bien qu’il n’y aura plus d’oeuf parfait, de condiment olive, de prunes au basilic, j’espère bien que je n’espère rien, voilà tout, sinon être aussi prête à l’accueillir à nouveau, plus tard, différemment, mais toujours passionnément.

La chaleur pesante et ravissante enveloppait nos corps, le soleil peinait à se cacher entre les murs de Montpellier. Le café tardif et le sommeil écourté éveillaient depuis l’aube nos appétits. Ils crevaient d’envie comme nous mourrions de faim, ou bien l’inverse. Aucune recommandation poussée ou précise ne nous guidait, on était libres de choisir, il nous suffisait surtout de ne pas commencer à imaginer. Les assiettes seront imprévisibles ou ne seront pas. Il n’en fallait pas plus comme leitmotiv pour nous attabler au Pastis, qui affichait sobrement, police centrée noir sur beige: »menu surprise ». On évitait d’emblée l’écueil de la création mentale du plat, couleurs, saveurs et odeurs déjà pré-existantes, forgées de nos expériences passées et de nos obsessions gourmandes.

L’exigence, plus dure à déloger encore que l’espérance, est parfois malgré tout utile. Certes, se défaire de toute autorité, de toute sollicitation, rend la vie douce d’insouciance mais ne vous met pas à l’abri de la déception. J’ai plus d’une fois fermé les yeux sur le choix d’une viande, d’une bouteille ou d’une table, pour regretter dès la première bouchée de ne pas avoir eu recours à cette exigence. Exigence non usurpée puisque modestement forgée par l’expérience, argument qui j’espère fera mouche.
Donc, fortes de nos petits garde-fous rassurants, il nous avait suffi de lire dans la foulée un name dropping convainquant, un rejet de l’intermédiaire et un amour du produit clamé haut et fort pour nous inciter au passage à table.

Jean-Philippe nous a installées avec attention et sourire. Deux éléments rares et dingues, qu’on voudrait évidents et naturels. J’y songeai en terminant mon café quelques heures plus tard: il sera parfois bon de revoir son naturel afin de le rendre agréable. Y’a sûrement quelque part un vieux ou un livre qui dit  » un sourire amène un sourire », quelque chose de cet accabit, dont je me dois de reconnaître la criante vérité.

La lumière nous contenait dans sa douceur, l’amitié soulignée par les ombres et reliefs sous ce grand parasol. Nous avions été, dans l’ordre, en quelques minutes à peine, disponibles, attirées, séduites puis rassurées. Nous étions prêtes, et, trois paragraphes plus tard, on ne parle même plus de faim mais carrément de grosse dalle.

J-P, patron/serveur/sommelier/plongeur (on n’est pas loin de la personnification in métaphorus filus si je vous parle de robot multi-fonctions non?), accent incroyable et patience de rêve, ouvre les hostilités. On goûte pour finir de se détendre un très vif velouté de concombre, relevé de dashi et de quelques épices, qu’on assagit en grignotant un sablé au sarrasin. Bon, au risque de me répéter, on sait pourquoi ça marche: équilibre, accord, twist. Voici la théorie. Du frais, de l’acide, du léger/ du gras, du croquant, du terroir…  Encore faut-il savoir mettre en pratique la théorie, ne pas se laisser aller à la facilité des accord connus, ne pas non plus tomber dans l’excès d’originalité! Mais il parait que le chef descend tout juste de chez Bras…Alors, et sans de notre côté tomber dans le panneau et la facilité de la garantie « grande maison », on s’autorise néanmoins à un léger excès de confiance. Immédiatement justifié, ouf!


Peu à peu, les réflexions s’évaporent au rythme du vin qui désaltère, on se plait à savourer l’instant. Une petite pause cérébrale, cesser d’intellectualiser et manger. Un oeuf mollet caché au coeur de cette courge locale, un condiment tomates/câpres exaltant, une émulsion d’huile d’olive qui rappelle l’aïoli des amis. L’assiette presque terminée ressemble à une palette de gouaches bordéliques; le pain est le pinceau qui rafle tout.

La volaille est tendre et moelleuse, dorée comme la peau des filles au soleil, elle s’acoquine d’une demi aubergine caramélisée, et surtout, surtout, bien zestée. Il ne reste rien du jus de volaille, gras et corsé à la fois, qui imbibe la mie jusqu’au débordement. Si un jour quelqu’un osa décréter qu’il ne fallait pas saucer les plats….

Pour tout vous dire, le repas pourrait s’arrêter là. On irait au creux de l’après-midi goûter une glace au lait de brebis dégotée dans cette cave à fromage, histoire de ne pas frôler l’hypoglycémie. (belle excuse pour ceux qui ne comprendraient pas la nécessité de finir par du sucré). Mais… des prunes rôties, figues fraîches, sirop léger, biscuit pistache, mousse ivoire et basilic…! Parce qu’encore ici on ne s’y attendait pas; méfiance peut-être, expérience toujours, le dessert pouvait décevoir, ou pire, laisser indifférent… Mille excuses : je n’avais pas été tant ravie en fin de repas depuis Alexandre Bourdas ! Mille mercis surtout.


Merci de nous avoir accueillies, d’avoir su nous entendre et nous parler, par les mets, les mots. Merci de nous avoir surprises. Merci de m’avoir rappelé l’importance de la disponibilité d’esprit.
N’y croyez plus, tuez vos idéaux, faites le vide, faites la place. N’attendez rien, et recevez tout. Voilà ce que je me répète, et ce que la vie me prouve, depuis 3 mois. Et des brouettes.

La table près du radiateur, le camembert rôti et la côte de boeuf. Mon Bastringue.

C’est un peu comme la plage des vacances, le premier wagon dans le train, le cappuccino à l’heure du goûter, la façon de ranger ses pulls par couleur… Ca s’appelle les habitudes et ça réconforte. C’est comme aller au Rosa Bonheur un dimanche soir. On a beau te dire qu’il est temps de changer, qu’il faut tuer les habitudes, parfois, rien ne vaut un bon classique, une valeur sûre. Sans prendre de risque, se réfugier là où il fait bon être.

Le Bastringue, c’est mon refuge des jours perdus. Mais pas que. C’est ma terrasse des jours d’été, ma grande tablée des jours fêtés, mon zinc des jours pressés. J’y vais seule quand une envie de tartare me prend, à deux pour partager une côte de boeuf , en famille pour que chacun trouve son bonheur, entre amis pour déboucher quelques canons. J’y vais pour le lieu, aussi. Son zinc majestueux, ses grands miroirs, le percolateur géant, ses ardoises et radiateurs réconfortants, ses grandes fenêtres et sa terrasse. Il y a toujours une bonne raison ou un bon jour pour aller au Bastringue, finalement.

Le lundi, par exemple. Mon lundi, c’est votre dimanche. Mon deuxième jour de week-end, ma gueule de bois, ma petite déprime de reprise du boulot. Alors à 19h, quand il fait nuit et que je commence à compter les heures, je me dis qu’il vaudrait bien mieux profiter sereinement de ces derniers instants. Je pousse alors la porte du refuge: la vague de chaleur, mêlée à l’odeur de café et au sourire de Jerem, me fait l’effet d’un plaid qu’on pose sur tes genoux au coin du feu. Enveloppée de bienveillance et de chaleur.

On te trouvera toujours une petite place, tu attendras au pire avec un demi accoudé au comptoir. Si c’est samedi, prends même un mojito allez.

Après ça, y’a plus qu’à se laisser aller. La carte varie peu, c’est là le propre des habitudes. Avec quelques bonne surprises passagères, comme une tortilla de poulet au déjeuner d’été, ou un velouté de légumes brûlant pour le diner d’hiver. Sans risque, le petit frère commandera pour la cinquième fois le poulet au curry, la mère un filet mignon, l’amie son assiette végétarienne, et toi et qui le voudra bien partagerez une monstrueuse côte de boeuf.

Et si j’y vais si souvent, c’est aussi parce que ça n’agresse pas trop mon porte-ferraille. Le midi, formule imbattable: plat/dessert/vue sur le canal de l’Ourq-le reflet du soleil-les bateaux amarrés-les amoureux sur les bancs publics,bancs publics/sourires joviaux/journal à dispo, tout ceci messieurs-dames pour la modique somme de 11 euros. So what? Et le soir me direz-vous? Des entrées autour de 5 euros, de belles salades à 10 euros, des plats canailles (entrecôte, magret, filet mignon…) autour de 14 euros, enfin quelques douceurs classiques (crème brûlée, tiramisu, mousse au chocolat…) plafonnant à 5 euros.

On a tous un Bastringue près de chez soi finalement. C’est le bistrot de quartier de tout nord-parisien qui se respecte. Sauf que le mien, il a quand même pas mal d’atouts qui mériteraient que vous vous déplaciez. Pas forcément dans l’assiette, les atouts, mais quand même, une ratatouille maison, c’est un fait tellement rare dans les bistrots/brasseries parisiens! Et puis, vous voulez que je vous dise…il a un argument qui me fait craquer, mon « rade »…. ses frites!!! C’est mon pêché mignon, ma réponse à cette sempiternelle question « et…c’est quoi votre plat préféré? ». Chéri, apporte moi de grosses pommes de terre frites home-made et je suis la plus heureuse des femmes. Enfin presque. Enfin tu m’as comprise quoi.

Tu vois là, c’est lundi, comme je te disais, c’est pas le bon jour. Mais Elsa m’apporte une assiette de frites, quelques crudités pour la forme, et voilà. Soupir, sourire.

Le Bastringue

67 quai de la Seine 75019 Paris
M° Riquet
Tél. 01 41 09 89 27

Ouvert du lundi au vendredi Midi et Soir, le samedi de 17 h à 2h, le dimanche de 9h à 17h. Possibilité de réserver.

Tarifs:
Menu dèj à 11 euros (entrée/plat ou plat/dessert)
Carte du soir, entrée: 4/9 euros, plats: 10/17 euros, côte de boeuf à partager: 35 euros, desserts: 5euros
Cocktails: 6.5 euros
Verres de vin à partir de 3.5, bouteilles à partir de 15 euros.

 

Il fallait s’expulser du passé, ne pas le voir comme un rêve surrané. Archive, Mirazur, Menton

Pour vous parler aujourd’hui de cet endroit, de ses assiettes, de cet instant hors du temps, j’avais besoin de grandir, de souffrir, et à nouveau m’épanouir. Il fallait que j’apprenne à regarder en arrière sans remords ni regrets, que j’apprenne à ne pas transformer les sales souvenirs en moments imaginaires. Il fallait que j’apprenne à dissocier l’amour du besoin, la joie du bonheur, l’exaltation de la plénitude, le sale type du mec bien.

Et pour être honnête, je ne devrais pas encore vous parler de ce moment.  J’ai encore des failles, des doutes, des rages, des rancoeurs. Je maquille le passé, adoucit les tons et les temps, et l’instant d’après je suis forte si forte et je suis loin de tout ça. Je dis « ça » car vous comprendrez qu’il n’est pas question là d’une personne autre que moi. C’est une situation, une blessure, qu’il faut faire disparaitre, panser et soigner sans relâche. Ce n’est pas quelqu’un que l’on aime et qu’on ne veut pas ne plus aimer. C’est un direct du droit à l’orgueil, et à la confiance. Sais tu fais la différence entre un chagrin d’amour et un chagrin d’orgueil, dis? Parce que moi, je commence tout juste à cerner…et c’est plutôt un soulagement. C’est pour ça, finalement, que je vais te parler du Mirazur. Aussi parce qu’il fait 35degrésà l’ombre, et qu’Avignon ne peut que tu rappeler ce périple estival.

J’hésitai et effaçai au moins 10 fois cette introduction, parce que ce que je ne voudrais pas par dessus tout, c’est qu’il y voit comme un hommage, de l’honneur, ou une quelconque attention de ma part. Parce que c’est justement là où les choses ont changé. Je ne veux plus crier ma colère et ma rage, j’écris juste pour vérifier où j’en suis. Je ne sais pas encore vraiment où pour être honnête, ça je te l’ai déjà dit, il n’y a pas un jour miraculeux où tu t’éveilles en sachant exactement qui tu es, précisément ce que tu veux, passionnément qui tu aimes. Mais je sais que je ne suis pas perdue. Car reconnaître que si l’on souffre encore un peu aujourdh’ui, c’est de son propre égo, de sa difficulté à savoir perdre, et non pas d’amour, putain, ça soulage.

Ca ne veut pas dire que tu es sortie d’affaire cependant. Car -j’aime bien généraliser tu le sais- on a tendance à sur-réagir à ce genre de gros coups durs. A tout vivre à l’excès. A se foutre de tout, aussi. Et de tout le monde, un peu. Comme une petite vengeance universelle justifiée. Sauf que le monde t’a rien fait finalement. Et cette forme d’égoïsme, incontrolée je te le concède, mais au fond pensée comme méritée, pas sûre qu’elle  te soit bénéfique. Mais bon, j’ai envie de croire que c’est reculer pour mieux sauter, dans le bon sens du terme. Prendre de l’élan, du recul, perdre du temps et se perdre un peu, pour sauter plus loin, plus haut, ensuite.

En attendant, va de têtes en fêtes, de soirée en virée, d’amis en amants, de restos en bistrots…vis quoi. Et si tu as la chance de descendre un peu plus au Sud encore (car non st germain des prés n’est pas considéré comme le Sud avec un grand S), fais donc un saut chez Mauro.

 

tomate

foie gras, champignon, truffe

courgettes, bouillon de légumes grillés

volaille, quinoa, lard, parmesan

cochon, pomme de terre, ail

pains et fromage

pomme

panacotta, pêche, verveine

J’ai toujours quelque difficulté à vous décrire les plats, à m’attarder à raconter ce qui, pour moi, ne se comprend qu’en le mangeant. Je n’aime pas vous ecrire la texture d’une viande, l’amertume d’une écume, l’onctuosité d’une crème. Je sais pourtant que cela fait partie du jeu. J’espère alors que les photos soutiendront suffisemment mon propos, et que ces quelques mots reflèteront à sa juste valeur la cuisine du Mirazur.

 

Je me rappelle l’exacte précision dans chaque assiette. Je ne vous parlerai pas de surprise, d’étonnement, mais plutôt de justesse, de finesse, de bon goût. Parfois il n’en faut pas plus. Il nous manque ici quelques amuses-bouches, la vue de l’immense chariot de fromages, pour compléter le tableau de la carte blanche. Autant vous dire que c’est  plutôt généreux. Je veux aussi vous parler d’équilibre, quand on passe de la fraicheur, la légereté d’une simple assiette de tomate, à la gourmandise du lard et du parmesan fondant sur le quinoa. On ne vient pas au Mirazur chercher le choc, la brutalité -dans leur sens positifs j’entends- mais tout simplement la belle réalisation, l’harmonie. Ca peut vous paraitre trop peu, ça manquerait surement de piquant à mes papilles si j’y retournais aujourd’hui. Parce qu’on cherche toujours plus fort, plus original, plus déroutant. Mais à cet instant, je peux vous assurer que rien ne manquait. Et je peux vous assurer aussi que ce n’est pas si fréquent, de pouvoir se satisfaire de la simplicité, tout bêtement parce qu’elle est parfaitement valorisée.
Si en plus vous avez la chance d’être au plus près de la baie vitrée, je crois que la plénitude n’est pas loin.

Restaurant Mirazur

30, avenue Aristide Briand
06500 MENTON

Tél :+33 (0)4 92 41 86 86

Les Menus :
- Formule déjeuner en semaine 29€ – Déjeuner : 33 € (sauf le dimanche)
- Découverte : 55 €
- Carte blanche : 105 €

A la Carte :
85 € hors boissons

Comme toujours, MERCI à l’équipe, du plongeur au chef, merci à chaque commis, chef de partie et stagiaire, en salle comme en cuisine. Merci de vous démener pour nous faire aimer.

 

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...