Traquenard et tarte au citron

Que penses-tu donc qu’il arrive de sage si :

- tu donnes rendez-vous à trois meufs dans un bar à vin

-le dit bar à vin se situe exactement à 5 minutes à pieds de chez ton meilleur pote en mal de fête

-le meilleur pote en question habite lui même à  15 minutes de chez Carmen

alors? réponse?

Voilà, il est 5h du mat, et tu t’affales tout habillé sur ton lit même pas ouvert. Vers 9h du mat tu pourras constater qu’à un moment tu as dû avoir un regain de forme, puisque tu es en pyjama, que même ta carte bleue n’est pas perdue vu qu’elle est à sa place. Dans le frigo.

Entre temps vous avez descendu 4 (5, 6?) bouteilles de pif, 1 d’eau de Perrier, et épongé le tout avec une planche de fromages à 22 balles (mais très bons, très). Vers 00.12, il y a eu scission. Ceux qui ont pris la bonne décision VS Ceux qui n’ont pas encore appris la leçon.
Pourtant l’équation est simple: fille + alcool + alcool – eau –  jeunesse = souffrance.

Combien de foi(e)s on va te le répéter, que c’est fini ce temps où tu pouvais picoler cinq soirs de suites tout en ayant l’air fraîche et innocente? Tu as passé le cap fatidique des 25 ans, certains diraient l’âge de raison, mais pour toi apparemment non.
Tu fais de la résistance.
Enfin ça c’était jusqu’à hier.

Evidemment tu as bien choisi ton jour et tu n’as rien de prévu le lendemain, je sais pas moi genre livrer 15 tartelettes au citron pour midi pétante. N’est-ce pas? N’EST-CE PAS?

Donc voilà la petite histoire. Bien sûr le traquenard était évident, la suite des évènements courue d’avance.
SMS à 10H12: « me dis pas que tu es surprise quand même? »

Non je ne suis pas surprise de n’avoir pas vu passer le temps avec ces trois dingues.
Non je ne suis pas surprise d’avoir dansé jusque 5h avec le grand méchant loup.
Non je ne suis pas surprise d’implorer ma mère et les dieux  ne pas morfler trop longtemps aujourd’hui.

J’imagine que les pièges où l’on tombe le plus facilement sont ceux que l’on se tend soi-même. Vers 12H15 je me maudissais encore en essayant de manger trois frites, quelqu’un se moquait gentiment de moi. A 12H18 j’ai annoncé solennellement, entre deux hauts le coeur, que cette fois, c’était la dernière.

La prochaine qui m’invite à boire un verre dans un endroit sympa tu verras juste un verre allez moi aussi je rentre tot de toutes façons, je lui fais bouffer mon citrate de bétaïne par le nez. Quoi comment ça c’est moi qui ai lancé l’invit?

Bon, l’important dans tout ça, c’est de savoir tirer des leçons hein. Puis on teste nos limites, on expérimente le risque. Donc voilà, je peux le dire: alors que je croyais mourir par implosion des racines capillaires, j’ai réussi à stopper mon sucre cuit à 119° et faire une meringue italienne parfaite à 10h du matin. Et donc des tartes au citron plutôt jolies. Et carrément même livrées à l’heure.

Là tu as plusieurs solutions. Il va falloir apprendre à maîtriser la mémoire sélective. Soit tu gardes en mémoire la souffrance ultime que tu t’es infligée, soit tu penches plutôt pour la jouissance totale que t’as procurée cette soirée (oui, car c’est à retardement que tu ressens l’ampleur des dégats. C’est un peu fourbe), soit tu gardes un mix des deux avec surtout la conclusion « oui mais j’ai fait des tartes au citron mortelles du coup ». C’est le   »du coup » qui change tout. 6 lettres et c’est carrément GRACE à cette absence de mesure, cette débauche adolescente, que tu as été si performant. Ca, c’est très fourbe.

En plus, ça te donne matière à écrire. Sans déconner c’est tout bénèf.

Ca va, ça va. Je fais la maline maintenant parce que le troisième doliprane fait enfin effet, mais je t’assure que moi et ma gueule de bois on en menait pas large dans les allées du marché des Enfants Rouges. Tu sais ce genre d’endroit où tout est beau- les gens, le poisson, les assiettes de couscous. Et toi tu débarques là, vernis écaillé, emmitouflée dans cette doudoune hyper passe-partout, ta face livide enfoncée dans la capuche, l’oeil morne, que même la vue de ce hamburger dingue ne parvient pas à illuminer. Au dessus de toi y’aurait une pancarte clignotante qui dirait « vivement demain » ça serait pareil.

De toutes façons j’ai promis juré craché à 12H18.

 

Pour 12 tartelettes :

Sablé :
180g de farine
150g de beurre demi sel
1 gousse de vanille
90g de sucre
1 oeuf

Sabler du bout des doigts la farine, le beurre, le sucre et la vanille. Ajouter l’oeuf quand le sable est homogène, former rapidement une boule de pâte. Fariner légèrement le plan de travail, fraiser (aplatir la pâte avec la paume de la main en poussant vers l’avant) 2 ou 3 Fois la pâte pour s’assurer que tout est homogène. Etaler entre 2 feuilles de papier sulfurisé. Entreposer au frais 20 minutes. Préchauffer le four à170°, enfourner jusqu’à ce que le sablé soit uniformément doré (environ 20 minutes). Découper le sablé tant qu’il est chaud à la forme souhaitée.

Crème au citron:
3 oeufs entiers
90g de jus de citron
1 zeste de citron jaune
un peu de gingembre frais râpé
60g de sucre
50g de beurre doux
2/3 de feuille de gélatine

Mettre la gélatine à tremper dans un grand volume d »eau froide. Faire chauffer le jus de citron. Fouetter les oeufs et le sucre. Verser le jus de citron sur le mélange, mélanger au fouet puis remettre dans la casserole. Cuire à feu progressivement fort sans cesser de fouetter, jusqu’à épaississement (consistance d’une crème pâtissière). Ajouter la gélatine essorée, le zeste de citron et le gingembre râpé.
Transvaser dans un cul de poule, poser celui-ci sur de la glace pour tiédir la crème. Quand elle est entre 35 et 40 degrés, ajouter le beurre coupé en dés, progressivement, en mixant avec un mixeur plongeant. Réserver au frais 1 à 2 heures puis mettre en poche à douille.

Meringue italienne:
25g de jus de citron
70g de blancs d’oeufs (2)
145g de sucre

Mettre le jus de citron et le sucre à bouillir. Pendant ce temps, commencer à monter les blancs en neige. Surveiller la température du sucre, ôter du feu à 119°. Accélérer la vitesse du batteur pour les blancs, et verser le sirop de sucre en petit filet. Fouetter jusqu’à complet refroidissement. Mettre en poche à douille.

Dressage:
Laisser parler son imagination. Caraméliser la meringue avec un chalumeau.

 

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4 Commentaires

  1. LadyMilonguera@Un siphon fon fon... Says:

    Trop sympa ces petites tartes au citron…

  2. le polyèdre Says:

    J’adore tellement ta façon décallée de rédiger.
    AU TOP

  3. melopapilles Says:

    hé hé… impression de « déjà vu », les tartelettes citron en moins

  4. Julien Says:

    Bonjour,

    je viens de découvrir votre blog, tout à fait remarquable. Votre style et votre intensité vous propulsent bien au-dessus de la mélée des blogs cuinaires. D’ailleurs, le culinaire n’est ici qu’un (bon) prétexte pour faire entendre votre voix. Nous sommes ici au rayon littérature bien plus qu’au rayon cuisine, me semble-t-il.

    Pardonnez cette dernière image, sans grande finesse. A ma décharge, aujourd’hui est un nouveau chapitre de ma longue étude sur la gueule de bois.

    Salutations londoniennes.

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