Dis, c’est quoi un restaurant ? Part (thaï) III

Ces derniers temps, je ne voyais plus très clair au fond de mes casseroles, ça commençait à tourner, à virer trop amer. Il était grand temps de lâcher prise, et de se barrer loin.

On croit toujours l’herbe plus verte dans le pré du voisin, on va y brouter trois brins pour en revenir serein en général. Rassuré de voir qu’on était pas si mal lotti, on se gargarise avec la chance qu’on a.
En général.

Et puis un jour tu pars en Thaïlande. Sans a priori et sans attentes, sans parcours gastronomique millimétré, sans hôtel prépayé. Tu aurais, tout au fond de toi secrètement mal dissimulé, bien aimé un peu mal y manger. Pour pouvoir t’excuser auprès de Paris, lui dire que ce n’est pas si mal, qu’il y a pire ailleurs. Pour retrouver un vague espoir dans la Grande et Fameuse Restauration Parisienne, celle qui te file la nausée depuis que tu y fourres un peu (trop) ton nez. Tu aurais aimé pouvoir revenir la tête haute, savourer ces frites surgelées et leur mesclun défunt pour la modique somme de 17,50 euros, puisque finalement il existait plus moche encore.

Je suis bien navrée, mais c’est toujours auprès des autres, naïfs affamés, ceux que Paris entube à tour de caddie chez Métro, qu’il va falloir s’excuser. Et j’attends encore qu’on m’explique la suprématie française en matière de bonne bouffe.

Au bout du monde, ce sont rappelées à toi tout un tas de choses merveilleuses dont tu avais quasiment oublié l’existence. L’hospitalité, le sourire, la bienveillance, l’intégrité, la gentillesse, la simplicité, l’humilité. Le plus difficile à accepter étant non pas que ces notions existent bel et bien, mais à quel point tu (nous) les as zappées de ta vie de prétentieux insatisfait. Parisien. Français?

Et j’en connais un qui a failli chialer tellement un simple plat de nouilles sautées peut être bon.

Je n’ai pas étudié l’histoire de la Thaîlande, et mes connaissances en politique étrangère/traditions bangkokaises/ sont très limitées. Je t’avoue que j’ai pris ces 2 billets pour le bout du monde juste pour m’échapper du mien. Pour aller voir ailleurs si j’y suis, en quelque sorte.
Alors si je te dis que les thailandais sont bienveillants et honnêtes, c’est un jugement de vacancière à court terme qui parle, mais prends-le pour ce que ça vaut. Autrement dit, au moins pour le plaisir de croire que l’herbe est parfois simplement plus verte.
Et si tu trouves que j’exagère ou que j’idéalise, tu as sans doute raison, mais va y jeter un coup d’oeil-et de dent- à l’occasion.

Durant ces 15 jours qui en ont paru 5, et comptant 3 à 5 repas par jour en moyenne, pas une fois, pas une seule, nous n’avons eu quelque chose à redire sur ces instants de bonheur simple.

Bangkok, 22h30, chinatown local. De la fumée sur les trottoirs, des enseignes fluos en guise d’horizon, le bruit des spatules au fond des woks, une odeur puissante,sweet and sour, dans la moiteur de cette première nuit Thaïlandaise. Ca grouille et ça gargouille. Assieds toi n’importe où. Là où les gens font la queue et notent sur un calepin poisseux le crustacé qu’ils veulent griller, ou dans cette échoppe passée presqu’inaperçue dans une rue parallèle. Tabourets en plastiques roses et bleus, tables bancales et accueillantes. Une boîte à couvert, tout droit sortie d’une dînette enfantine. Sous les néons, une grosse femme fait les comptes, chasse un chat errant; un vieil homme frêle hèle le chaland, désigne du bout de la louche tour à tour la dizaine de gamelles étalées devant nous. Te fait goûter, se marre gentiment quand ça te pique la gueule.
Porc caramélisé, tofu mariné, légumes sautés, riz blanc. Et une grande bouteille de Chang pour faire descendre tout ça. « where are you from? » « do you like , is it good? »
170 bath. 4,20 euros à peu près. « it’s fucking good »

Koh Yao Noï, une plage. Ile préservée des assauts touristiques, pour cause de mer pas assez limpides pour leurs marmots effrayés.
Une dizaine de table, toujours les mêmes, plastique et tabourets assortis. Aux fourneaux des femmes, comme souvent, à ciel ouvert. Dans leur vitrine ambulante, leur nécessaire: petites tomates, ciboules, pak choi, papaye verte, noix de cajou, nouilles de riz, ananas, banane, sauce poisson. Sur le grill bancale, du poulet crame sagement. Dans le wok rempli d’huile, les springs rolls crépitent. Sur la glace attendent les poissons perroquets et les crevettes crues.

Koh Jum village. Entre les maisons de pêcheurs et un vendeur de gazoline, un supermarket désert et un loueur de scooter, des tables en bois bien ancrées au sol, plein air toujours. Pad thai, tom yam et papaya salad, on commence à connaître les classiques, et à se passer de feuilleter le menu poisseux. Un voisin livre les oeufs manquants ou vient prêter main forte. On attend le temps qu’il faut pour manger, personne ne s’impatiente, personne ne râle. Patiente et savoure.

Koh jum, après 2 heures de marche dans la jungle et un assaut de macaque. Le Bonhomie café, sorti de nulle part, pieds dans l’eau et tête sur la montagne, propose quelques bungalows pour dormir, des hamacs pour la même chose, et de la bouffe, de la bonne, encore.

C’est bien simple, où que tu ailles, quoi que tu cherches, qui que tu sois entre Bangkok et Krabi, tu trouveras toujours un truc à te mettre sous la dent. Dans une rue déserte un marchand ambulant chargé de poulet frit, au bout d’une plage déserte une expat reconverti dans la noodle soup, en centre ville un marché nocturne grouillant où tu ne sais plus où donner de la tête, ni de la baguette.

Entre deux décalages horaires, la street food thaïlandaise remet les pendules à l’heure.

Je me demande encore, toujours, ce qu’est un restaurant. Là, en plein jet lag et sous la pluie, je me dis que c’est peut-être aussi simple que ça. Un savoir-faire,  la transparence, le geste naturel, une évidence. J’ai eu cette impression à chaque fois: que cette femme qui cuisine le fait parce qu’elle sait le faire, aime le faire, parce que c’est son job et qu’elle ne se pose pas plus de question. Qu’elle le fait si bien parce qu’elle n’a pas appris à le faire autrement.

Et j’ai bon espoir quand même, parce que je sais que par ici aussi des gens qui cuisinent comme ça, il y en a.

ps: je sais que c’est pas très sympa d’être partie sans toi, mais je te file bientôt une recette de pad’thaï, promis.

 

 

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1 Commentaire

  1. Le blog de Pouce Says:

    En lisant ce post, on ne peut effectivement qu’avoir envie de s’envoler vers la Thailande. Ceci étant, il n’en demeure pas moins que sur Paris, il y a aussi des restau incroyables qui valent vraiment le détour, et qui comme tu le soulignes si bien, ne font pas que du Métro ;)

    J’attends avec grande hâte la recette du pad’thaï !

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