Après tes pérégrinations parisiennes, ton immersion en jeunesse hipsterienne (sic), il est grand temps pour toi te revenir à la réalité. Un retour à la terre. Enfin la mer en l’occurrence.
Retour aux sources pour certains, découverte du milieu marin pour d’autres, le séjour en bord de mer fait toujours du bien. Je ne te parle pourtant pas de cette plage de sable fin, encore moins de l’eau à 30 degrés, contrastant à merveille avec la glace pilée de ton mojito. Ceci dit… si tu peux t’offrir cette escapade à la place, n’hésite pas trop hein. Même si je vais être d’une conviction telle que tu auras déjà un pied à la gare Montparnasse après lecture.
Donc, te voilà à Saint-Martin. Pas celui des cocotiers, tu as suivi merci, mais ce joli bourg de l’île de Ré. Tu as cette chance incroyable d’avoir un pilote/dj/clown qui fait que le trajet t’a semblé moins long que Crimée-Nation en métro, et c’est donc sans regret que tu as quitté Paris ce matin pour venir renifler à pleins poumons l’air du large. Tousse un peu, voilàààà, allez, sors-moi tes toxines !
C’est un bon début, et je te conseille pour que tu sentes vraiment les bénéfices de cette virée salvatrice, de jouer le jeu à fond. En vrac, ta to-do list :
-mettre tous les chauffages de la baraque au maximum, deux plaids sur le lit et tes orteils dans ces odieuses pantoufles.
-boire du vin blanc AOC de l’ile de Ré (si t’es un vrai de vrai, detox et tout, tu te contentes du jus de raisin bio du coin.)
-manger des huîtres tous les soirs et te demander pourquoi t’attends toujours d’être au bord de la mer pour en bouffer alors que 1)ce sont les mêmes qui déboulent de Rungis sur ton marché tous les matins 2)c’est à peu près le même prix sauf si tu vis rive gauche bien sûr.
-regonfler les vieux vélos du garage et faire un tour jusqu’à la mer. Oui, même s’il bruine. Oui, même si le vélo est sûrement adapté à ton petit cousin de 7 ans. Oui, même si ça grince quand tu tournes.
-forcer ton compagnon de (dé)route à monter sur un canasson nommé Kunning, enfourcher ton fidèle destrier et te prendre pour Jean Rochefort en balade dans la forêt. Pour les plus audacieux, je conseille la balade jusque la plage. Mais il faut vérifier avant si le fameux compagnon est toujours en vie après avoir tenté l’expérience du trot assis.
-prendre un café sur le port, si infâme soit-il. Le nettoyeur de filtre n’arrive sûrement qu’avec les touristes, autrement dit pas avant mars 2013.
-compter le nombre de restaurants/bars fermés jusqu’en avril 2013
-te prendre pour Don Corleone en déambulant dans les rues désertes à la tombée de la nuit
-commander un plateau de fruits de mer au Skipper. Ou à l’Ecailler, à la Baleine bleue, à l’Aile de Ré… bref, cherche 1)la référence maritime 2) le jeu de mots avec Ré. Tu ne peux pas finir bredouille. Mais je te conseille quand même le Skipper.
-faire le marché et acheter du poisson. Bon, ça, c’est dans ton idéal rétais. Mais le 15 novembre, il y a autant de maraichers que de restaurateurs que d’habitants sur l’île… Qu’importe, trouve l’irréductible et achète-lui ce qui reste (3 langoustines et un dos de cabillaud), rien que pour le plaisir du prix au kilo et l’impression de vivre ton rêve.
-faire une balade digestive sur les cailloux à marée basse, ramasser trois galets souvenirs que tu oublieras sur la table en partant.
-écouter le bruit des vagues, mélancolique et pensif, regard vers le large, bras autour des épaules de ta douce, bonnet rayé enfoncé sur les yeux…
-dire bonjour aux gens que tu croises dans la rue comme tu étais un local. Mais ta Canada Goose te trahit un peu, ici c’est plutôt pull Saint James et ciré.
-manger une galette complète, troquer le vin blanc du coin (qui commence à t’attaquer le foie, mais non c’est pas la vodka d’avant-hier…) contre une bolée de cidre, brut bien sûr.
-ne pas oublier de ramener quelques boîtes de sardines la Belle-Illoise et du pineau des Charentes.
-enfin, dîner, re- dîner, et re-re- dîner au Bistrot Marin, pas seulement parce que c’est le seul rade ouvert du bourg, mais parce qu’ils servent des huîtres avec un petit pot de rillettes de cochon, parce qu’ils t’accueillent comme si tu n’avais jamais été bien loin, parce qu’il y a une photo de narine de cheval en gros plan, parce que tu t’y sens mais genre hyyyyperbien.
Si tu as tout bien fait comme il faut, maintenant je vais vraiment te raconter le Bistrot Marin, parce qu’ils le méritent.
C’est à Saint- Martin de Ré, ça normalement maintenant tu sais. Sur un petit bout d’île au milieu du port, entre une crêperie et un vendeur de paniers en osiers. Pour tout te dire, on a vu de la lumière et on est rentrés. Sur le reste du port, c’est silence et ombres, un chat miaule vaguement au loin, on entend les mâts et cordes qui claquent dans le vent. Le Bistrot, c’est le petit havre de vie de Saint Martin hors saison, en quelque sorte. Là, tu franchis la porte et tout s’anime : habitués ou passagers, ça trinque, commande des huîtres ou du pâté. Même la musique ce soir est bonne, on a failli croire à un Novatunes. Les murs sont surchargés de photos et de fanions, mais le trop plein fait le charme. Au fond, planquée, une table de 4 avec grosses banquettes en cuir rouge, façon salon privé tout prêt des cuisines.
En cuisine justement, 4 mains s’affairent,veste impec et visage sérieux. Carte fixe simple –huitres, andouillette, entrecôtes, frites maison, fromages, profiteroles- et un menu du jour midi et soir. Qui change donc, au quotidien, c’est l’idée. Ajoutes à ça quelques pêches du jour annoncées à la voix. On a pu par exemple gouter une tarte au saumon, une crème brûlée au cacao, ou encore se partager un énorme merlu entier. Et manger des huîtres tous les soirs (oui oui bon … tout à fond on a dit !).
Tu peux aussi choisir de boire le premier verre en terrasse (après, tu ne sens plus tes doigts normalement), vue sur le port et tout et tout.
Tu peux aussi te contenter du café de l’après-midi, et squatter la table haute avec ton journal quelques heures (oublie ton mac, no wifi, immersion !), je ne crois pas que ça dérange trop le patron, concentré sur sa partie de 4/21.
Côté addition, on n’a pas à se plaindre. 12 euros les 9 huitres/rillettes. 33 euros l’énorme poiscaille à partager, avec salades et frites maison, 6 euros le dessert du jour, 8 euros les profiteroles énormes.

Le Bistrot Marin
10, quaie Nicolas Baudin
17410 Saint Martin de Re
05 46 68 74 66
en face, pour les fruits de mer, le Skipper:
27 Quai Poithevinière
17410 Saint Martin de Re
05 46 09 20 38
si tu veux jouer au cowboy:
Ecuries du Moulin Moreau
http://www.moulin-moreau.com/pages/index.php