Archive for novembre, 2012

Lomi tender, torréfacteur enchanteur. Paris XVIII

Si tu te lèves du pied gauche, si tu t’interroges sur la direction à prendre dans ta vie, dans ta ville, appelles ton meilleur pote et file dans le 18.
Jusqu’au dernier moment, on ne t’épargnera rien. Barbès, le bruit, les dealers de produit inconnu, les flics désagréables, la vue sur les rails de gare du Nord. Allez : compte les pas qu’il te reste, prends sur toi, Tu l’auras mérité, ton café nommé désir.

Tu vas me traiter de fleur bleue mais ils m’ont carrément foutu les larmes aux yeux, chez Lomi. Pourquoi comment ? J’sais pas, j’sais plus… enfin j’assume pas…

Déjà y’avait le canapé moelleux et le coffre-table basse. Et puis la mousse de lait du cappuccino et l’odeur des biscuits à la cannelle. Et aussi l’élégance hypnotique de la pâtissière.

Je te raconte.
Il y a 10 jours environ, j’ai franchi la porte. Depuis, j’y suis retournée genre 3 fois.

Je me suis rappelée une légende, un truc qu’on m’avait fait lire en ancien français y’a carrément un bail. La mort le roi artu il me semble. Te marre pas, sauf si tu as déjà lu 246 pages d’ancien français sans traduction.

Il était question d’insertion du merveilleux dans le réel, de passage d’un monde à l’autre lorsque, sur ton destrier nommé Kunig, tu franchissais une rivière, une orée, une muraille… Bref, sans t’en rendre compte, car les environs restaient les mêmes en apparence, tu entrais dans une dimension magique.
C’était un peu flippant quand même, et beaucoup moins cool que ce à quoi j’essaie difficilement de t’amener. En gros ton cheval devenait ouf, les murs se resserraient sur toi et une vieille folle te jetait des sorts. Mais il y avait aussi un graal à atteindre, un mec à sauver et une princesse à pécho j’imagine. Je me souviens pas vraiment bien, j’ai dû apprendre La Cuisine de Référence par cœur depuis.

Cette légende me revient à chaque fois que je file chez Lomi. Je compte mes pas, je pousse la porte et je me marre intérieurement. « ouuuuh le monde magique ! » Ceux qui connaissent la cartésienne qui m’habite se marreront sûrement aussi. Mais viens donc de l’autre côté au lieu de te bidonner.

Tu entres ici et bim : apaisé, inspiré, enjoué.

Comme si quelque chose dans l’air chez Lomi t’insufflait l’énergie du renouveau nécessaire. Sérénité et effervescence.

Rien que par magie donc, j’étais pas loin d’être capable de chialer. Et puis ils ont ajouté ça  :

Un sapin de Noêl. Genre géant, avec des guirlandes qui brillent, là, imposant et discret à la fois. La preuve, ton pote l’a même pas remarqué. C’est qu’il est terriblement à sa place. Et sur sa branche, on a accroché le premier biscuit. C’est rien mais c’était trop. J’avais envie de laisser mes bottes à ses pieds et d’attendre le père Noël.

Voilà, maintenant tu peux te moquer.

Café Lomi

3 ter rue Marcadet
75018 Paris
09 80 39 56 24

Les hommes, les femmes, et la salade en sachet. La Chambre aux Oiseaux, Paris X

L.C.A.O, Paris, 13H36.

E : « … le problème c’est qu’elles cherchent frénétiquement un homme, tout en refusant obstinément la réalité de l’homme. En fait, elles veulent leur phantasme de l’homme, pas celui qui existe… »

J : «ça me rassure que tu me dise ça, parce que sans déconner, on en est loin d’être ce mec idéal! Et en même temps… je crois pas que je fasse mieux. J’attends la meuf, genre, qui a TOUT. Belle, drôle, intelligente, sexuelle, dévouée… »

E : « t’es mal barré. »

J : « merci . »

Cher lecteur, j’espère que ce (très) court extrait de notre réflexion déjeunatoire te donnera envie de mieux connaître cet autre dont tu rêves nuit et jour. En gros, je te souhaite très sincèrement d’arriver à te faire aux idées suivantes :

-l’homme n’est pas né dans un chou, se fout royalement de tes nouvelles fringues, n’aime pas spécialement te servir de psy, n’est pas toujours un sale pervers narcissique malade du cul, agit en général pour son bien et non pas pour ton mal.

-la femme n’est pas né dans une rose, n’aime pas plus que toi faire le lit ou les courses chez Monop, n’élabore pas H24 des scénari érotiques à ton égard, rêve que tu sois le prince charmant déguisé en Jake Gillenhal mais se soigne, ne peut définitivement pas être ta mère et ta maîtresse en même temps.

De là, je pourrais t’écrire une petite douzaine de pages en caractère 6.5. Mais je crois pas que t’aies atterri par ici pour boire ma philosophie de comptoir hein ? M’enfin je te balance tout de même un petit truc. Et c’est même pas de moi en plus mais j’ai trouvé ça assez à propos. C’est une canadienne qui a écrit un bouquin avec un titre pas possible du style « osons le couple » ou « soyons heureux en amour » bref un truc que tu as honte de présenter à la caissière quoi. Anyway, entre deux ou trois clichés chiants, elle t’explique qu’au lieu de détester et de maudire cet autre à tes côtés parce qu’il te fait du mal/ne te comprend pas/est un gros fdpdesaracedemort, tu gagnerais à être curieuse de ses différences. Pas con. Je dis pas que c’est facile tous les jours, et certains méritent bien que tu les traites de fdpdeleurracedemort.  Mais quand même, pas con.

Voilà.

Sinon donc j’expliquais à J. qu’il rêvait un peu mais que pourquoi pas. Et du coup ça tombait vachement bien qu’on soit dans cet endroit, La chambre aux Oiseaux. Aucun rapport avec la chambre à coucher, non non. Enfin pas là tout de suite en tout cas, même si les courbes de la très aimable et jolie serveuse laissent J. rêveur…

Ca tombait bien parce qu’on digressait sur le fait qu’en effet on peut rarement réellement dans la réalité de la vie réelle TOUT avoir. Et c’est un peu l’impression que m’a laissée cet endroit.

Je t’explique. Le quartier est top. L’endroit est magique. L’accueil est parfait. Bordel mais il est où le défaut, le truc qui cloche alors ? Et ça me peine de te le dire, mais là où le bas blesse c’est dans l’assiette. Rien de criminel, je te parle pas d’une zouze qui aurait caché un troisième pied ou d’un type avec 6 marmots à charge. Mais un bon défaut quand même.

L’avantage, c’est qu’il est du genre réparable, question de volonté. Et quand je vois le cœur qui a été mis à l’ouvrage pour donner naissance à ce cocon, je ne PEUX pas me dire que c’est impossible ! Allez Léna, Hervé, I TRUST YOU GUYS !

Je ne veux rien te dire de plus sur ce lieu, parce que j’aimerais que tu ailles le voir tellement c’est joli. Et puis, malgré mes (mé)dires, le tiramisu est tout à fait honorable, et il coûte 5 euros. Il y avait aussi une tarte banane coco passion, et rien qu’avec son nom tu sais qu’elle est maison.

Alors pourquoi je râle ? Parce que j’aime pas les tortillas industrielles, les tomates en novembre et la salade en sachet quand je mange chez mamie gâteau. Je ne les aime nulle part d’ailleurs, mais je ne suis pas surprise de les trouver dans cette brasserie minable du boulevard Magenta. J’y vais en connaissance de cause.
C’est un peu comme les – mince je cherche un mot convenable mais y’a que queutard qui me vient à l’esprit, j’ai droit ?- donc c’est un peu comme les queutards. La salade en sachet est à la brasserie minable ce que le queutard est au Rosa Bonheur. Un élément du décor, un pilier, un mythe fondateur que dis-je ! L’un n’existe pas sans l’autre, en somme. Et tu sais à quoi t’attendre dans les deux cas, ne fait pas l’innocent(e).

Mais dans ce petit havre de paix et de douceur, dans ce bon goût du détail et de la finition, dans ces canapés moelleux et dans cette porcelaine ! Je ne pouvais pas ne pas être déçue.

Il faut parfois savoir accepter les défauts de l’autre, parce qu’ils n’étaient défauts qu’à tes yeux, et que par magie (mais surtout avec pas mal d’efforts) tu réalises un jour que c’est juste lui/elle et que c’est chouette.
Et  parfois au contraire, quand on aime, il faut savoir lui dire ce truc chiant, cette habitude désagréable. Parce que ça pourrait carrément être encore mieux si on veut.

Alors s’il te plait chère Chambre aux Oiseaux, je te le dis parce que je t’aime, fais moi à manger aussi joliment que tu t’es habillée.

p.s : L.C.A.O, 14H43

J : « elle est quand même vachement jolie hein t’as vu ? … »

 

Old school, good marks ! La Classe, Paris IX.

Tu es nostalgique des batailles de crotte de zen à la cantine?

tu voues un culte à ta maîtresse de CE1?

tu kiffes faire des concours de capitales du monde en fin de repas?

tu achètes encore parfois de la colle pour la sniffer en douce?

tu préfèrerais réciter un poème de Prévert plutôt que ton speech marketeux cet après-midi?

tu crois encore que le burger se sert dans un bun?

tu penses que personne ne réussit mieux la brandade de morue que ta reum?

Viens donc faire un petit tour dans sa classe. Qui donc? ton instit préféré, chef inspiré, j’ai nommé Loïc Poncet. Rien qu’en franchissant la porte de son restaurant, tu sens que l’heure de la récré a sonné. Allez, on breake, c’est la pause dèj, on s’asseoit sagement au pupitre en attendant les exercices du jour.

Tu viens chez Max et Loïc pour voyager dans le temps. Direction: l’insouciance de ta tendre enfance. Ici tout est fait pour te dorloter, te rassurer, sans pour autant t’ennuyer.
Tu t’y rends en pressant le pas, aussi impatient que le jour des lasagnes bolo ou frites à volonté à la cantine. Sauf que là, c’est vraiment bon.

Tu es bien installé, ça va? vous êtes nombreux? réservez la salle d’étude au sous-sol pour une petite soirée bachotage!


Allez, tout le monde ouvre son cahier, on se laisse prendre au jeu, lecture studieuse de la carte. Produits de saison, carte fixe qui varie donc selon, et chaque jour une ardoise valable midi et soir, option petits prix.
Je sens que tu veux de l’exemple, du concret, de la liste. allez, en ce moment, tu peux dégoter ça sur la carte:

Gambas grillées, râté de papaye verte et granny smith, vinaigrette acidulée//Pressé de foie gras et compotée de coings à l’orange //Crème de châtaignes et cromesquis de foie gras (9/12euros)

Risotto de St Jacques et gambas, beurre blanc à la citronnelle//Hamburger de Loic //Bavette d’aloyau »goedegebuur », grenailles rôties au foie gras et jus de viande (16/22 euros)

Pain perdu brioché, glace vanille et caramel au beurre salé //Tarte sablée coings et chocolat//gateau au chocolat façon « grand-mère »(8 euros)


Une carte légèrement réduite, pour faire la part belle aux surprises du marché, et laisser un peu l’équipe s’amuser aux fourneaux. Comme ça, ce jeudi, ils t’ajoutent carrément à l’ardoise:

un saumon mariné, roulé comme un énorme futomaki au chèvre frais, gelée de poivron et piquillos, une crème de céleri fromagée, une brandade de haddock  et crème de coquillages, une daurade royale entière et mousseline de panais, une noisette d’agneau, légumes anciens et j’en oublie la suite, une mousse au chocolat, une crème aux oeufs aux pralines roses.

Oui, rien que ça. Là, normalement, tu hésites entre tout. Et tu as bien saisi l’esprit du lieu: du tradi, du confort food, avec les petits plus là où il faut. Lève le doigt, et interroge Sweet-la directrice- ou Loïc si vraiment tu n’arrives pas à trancher. Ah, et en plus, c’est 5 euros le velouté et les desserts, 12 euros le plat du jour (parfois c’est le portefeuille qui décide).

Tu vas goûter la brandade et appeler ta mère direct pour lui dire qu’il faut planquer du haddock dedans, parce que le goût fumé là c’est chanmé.
Enfin, tu vas prendre le pain perdu même si tu sais bien le faire.

T’as tout bien retenu la leçon gamin? allez, file, la cloche a sonné.

La Classe
6 rue de Maubeuge
75009 Paris
01 45 26 89 41

 

 

 

 

Crachin, faim, embruns… Bistrot Marin ! Ile de Ré, novembre 2012

Après tes pérégrinations parisiennes, ton immersion en jeunesse hipsterienne (sic), il est grand temps pour toi te revenir à la réalité. Un retour à la terre. Enfin la mer en l’occurrence.

Retour aux sources pour certains, découverte du milieu marin pour d’autres, le séjour en bord de mer fait toujours du bien. Je ne te parle pourtant pas de cette plage de sable fin, encore moins de l’eau à 30 degrés, contrastant à merveille avec la glace pilée de ton mojito. Ceci dit… si tu peux t’offrir cette escapade à la place, n’hésite pas trop hein. Même si je vais être d’une conviction telle que tu auras déjà un pied à la gare Montparnasse après lecture.

Donc, te voilà à Saint-Martin. Pas celui des cocotiers, tu as suivi merci, mais ce joli bourg de l’île de Ré. Tu as cette chance incroyable d’avoir un pilote/dj/clown qui fait que le trajet t’a semblé moins long que Crimée-Nation en métro, et c’est donc sans regret que tu as quitté Paris ce matin pour venir renifler à pleins poumons l’air du large. Tousse un peu, voilàààà, allez, sors-moi tes toxines !

C’est un bon début, et je te conseille pour que tu sentes vraiment les bénéfices de cette virée salvatrice, de jouer le jeu à fond. En vrac, ta to-do list :

-mettre tous les chauffages de la baraque au maximum, deux plaids sur le lit et tes orteils dans ces odieuses pantoufles.

-boire du vin blanc AOC de l’ile de Ré (si t’es un vrai de vrai, detox et tout, tu te contentes du jus de raisin bio du coin.)

-manger des huîtres tous les soirs et te demander pourquoi t’attends toujours d’être au bord de la mer pour en bouffer alors que 1)ce sont les mêmes qui déboulent de Rungis sur ton marché tous les matins 2)c’est à peu près le même prix sauf si tu vis rive gauche bien sûr.

-regonfler les vieux vélos du garage et faire un tour jusqu’à la mer. Oui, même s’il bruine. Oui, même si le vélo est sûrement adapté à ton petit cousin de 7 ans. Oui, même si ça grince quand tu tournes.

-forcer ton compagnon de (dé)route à monter sur un canasson nommé Kunning, enfourcher ton fidèle destrier et te prendre pour Jean Rochefort en balade dans la forêt. Pour les plus audacieux, je conseille la balade jusque la plage. Mais il faut vérifier avant si le fameux compagnon est toujours en vie après avoir tenté l’expérience du trot assis.

-prendre un café sur le port, si infâme soit-il. Le nettoyeur de filtre n’arrive sûrement qu’avec les touristes, autrement dit pas avant mars 2013.

-compter le nombre de restaurants/bars fermés jusqu’en avril 2013

-te prendre pour Don Corleone en déambulant dans les rues désertes à la tombée de la nuit

-commander un plateau de fruits de mer au Skipper. Ou à l’Ecailler, à la Baleine bleue, à l’Aile de Ré… bref, cherche 1)la référence maritime 2) le jeu de mots avec Ré. Tu ne peux pas finir bredouille. Mais je te conseille quand même le Skipper.

-faire le marché et acheter du poisson. Bon, ça, c’est dans ton idéal rétais. Mais le 15 novembre, il y a autant de maraichers que de restaurateurs que d’habitants sur l’île… Qu’importe, trouve l’irréductible et achète-lui ce qui reste (3 langoustines et un dos de cabillaud), rien que pour le plaisir du prix au kilo et l’impression de vivre ton rêve.

-faire une balade digestive sur les cailloux à marée basse, ramasser trois galets souvenirs que tu oublieras sur la table en partant.

-écouter le bruit des vagues, mélancolique et pensif, regard vers le large, bras autour des épaules de ta douce, bonnet rayé enfoncé sur les yeux…

-dire bonjour aux gens que tu croises dans la rue comme tu étais un local. Mais ta Canada Goose te trahit un peu, ici c’est plutôt pull Saint James et ciré.

-manger une galette complète, troquer le vin blanc du coin (qui commence à t’attaquer le foie, mais non c’est pas la vodka d’avant-hier…) contre une bolée de cidre, brut bien sûr.

-ne pas oublier de ramener quelques boîtes de sardines la Belle-Illoise et du pineau des Charentes.

-enfin, dîner, re- dîner, et re-re- dîner au Bistrot Marin, pas seulement parce que c’est le seul rade ouvert du bourg, mais parce qu’ils servent des huîtres avec un petit pot de rillettes de cochon, parce qu’ils t’accueillent comme si tu n’avais jamais été bien loin, parce qu’il y a une photo de narine de cheval en gros plan, parce que tu t’y sens mais genre hyyyyperbien.

Si tu as tout bien fait comme il faut, maintenant je vais vraiment te raconter le Bistrot Marin, parce qu’ils le méritent.

C’est à Saint- Martin de Ré, ça normalement maintenant tu sais. Sur un petit bout d’île au milieu du port, entre une crêperie et un vendeur de paniers en osiers. Pour tout te dire, on a vu de la lumière et on est rentrés. Sur le reste du port, c’est silence et ombres, un chat miaule vaguement au loin, on entend les mâts et cordes qui claquent dans le vent. Le Bistrot, c’est le petit havre de vie de Saint Martin hors saison, en quelque sorte. Là, tu franchis la porte et tout s’anime : habitués ou passagers, ça trinque, commande des huîtres ou du pâté.  Même la musique ce soir est bonne, on a failli croire à un Novatunes. Les murs sont surchargés de photos et de fanions, mais le trop plein fait le charme. Au fond, planquée, une table de 4 avec grosses banquettes en cuir rouge, façon salon privé tout prêt des cuisines.

En cuisine justement, 4 mains s’affairent,veste impec et visage sérieux.  Carte fixe simple –huitres, andouillette, entrecôtes, frites maison, fromages, profiteroles- et un menu du jour midi et soir. Qui change donc, au quotidien, c’est l’idée. Ajoutes à ça quelques pêches du jour annoncées à la voix. On a pu par exemple gouter une tarte au saumon, une crème brûlée au cacao, ou encore se partager un énorme merlu entier. Et manger des huîtres tous les soirs (oui oui bon … tout à fond on a dit !).

Tu peux aussi choisir de boire le premier verre en terrasse (après, tu ne sens plus tes doigts normalement), vue sur le port et tout et tout.

Tu peux aussi te contenter du café de l’après-midi, et squatter la table haute avec ton journal quelques heures (oublie ton mac, no wifi, immersion !), je ne crois pas que ça dérange trop le patron, concentré sur sa partie de 4/21.

Côté addition, on n’a pas à se plaindre. 12 euros les 9 huitres/rillettes. 33 euros l’énorme poiscaille à partager, avec salades et frites maison, 6 euros le dessert du jour, 8 euros les profiteroles énormes.


Le Bistrot Marin

10, quaie Nicolas Baudin
17410 Saint Martin de Re
05 46 68 74 66
en face, pour les fruits de mer, le Skipper:
27 Quai Poithevinière
17410 Saint Martin de Re
05 46 09 20 38
si tu veux jouer au cowboy:
Ecuries du Moulin Moreau
http://www.moulin-moreau.com/pages/index.php

 

 

 

Blend, one shot ou plan cul régulier ?

 

Peut-être est-ce le 121ème article sur Blend que tu lis. Peut-être même que tu ne le liras pas, du coup.

Bah, je ne t’en voudrais pas, et sans rancune, j’espère que tu seras de retour quand je te donnerai la recette d’un super truc à base de chataîgnes, de topinambours et de comté…En attendant, parlons peu mais parlons Blend.

Egoistement, j’aurais bien aimé qu’il soit raté, leur burger. Pour me sentir l’article utile, novateur. Pour ne pas avoir à redire qu’ Yves-Marie aime le bœuf comme les femmes, et que du coup, tu manges de l’amour entre deux tranches de bun.

Enfin que veux-tu, Blend + bœuf + burger = amour.

Mais plutôt le coup d’un soir que l’amour de ta vie, pour être honnête. J’y reviendrai pourquoi pas : un sms qui titille le vice, et hop, un petit coup de crocs vite fait. Il y a des endroits, et des assiettes, que tu aimes à long terme et que tu ne cesses d’aimer dans la durée, même quand vous êtes loin. Et puis il y a ces plans occasionnels, auquel tu ne penses plus dès le lendemain, mais qui viennent au moment opportun calmer ta faim, vorace.

C’est cette brune qui se déhanche au Carmen, qui t’essouffle et te rassasie en moins d’une heure.

Le burger de Blend, c’est cette fille, assouvissant tes pulsions carnassières. Mais rien ne dit que tu n’en feras pas un plan régulier. J’en connais qui ne l’ont pas vu venir, l’histoire d’un soir qui se répète…

Il te faudra cependant accepter quelques conditions pour aborder ta brune, te fondre dans le décor et enfin saisir ta proie.

Entre autres :

-tolérer le combo bonnet trop petit/pantalon trop court/barbe trop travaillée/chemise trop à carreaux/lunettes trop moches, sans hurler

-trouver « cool » le snobisme de l’étudiante/serveuse/traine-savattes

-être patient et relire 10 fois la carte pour tuer le temps

-aimer la promiscuité. Ah oui, travailler un peu ta souplesse avant de venir (enjambe la serveuse, son collègue, le bonnet, tortille toi un peu, voilàààà on y est)

Tu t’en es sorti ? ok, je crois que tu vas pécho alors.

ta proie (ici boeufbleu d’auvergne, compotée oignon bacon, pousses d’épinard)

ses copines (ici frites de patate douce)

sa meilleure pote, avec qui tu as longtemps hésité (ici boeuf, bacon, cheese, oignon, pickles..)

Bon, comme tout lendemain de chope qui se respecte, une fois rassasié, tu te rends quand même compte des petits défauts qui auraient pu te faire dire stop. Genre, tu te demandes où est passé le bleu d’auvergne promis, tu trouves les frites de patate un peu riquiqui (mais certains les adorent comme ça, petit et mignon), tu t’interroges sur le choix de l’habillage, façon panier en osier mais en fer…
M’enfin, tu as quand même bien pris ton pied, tu es blindé (j’ai failli, le jeu de mot, mais on m’a fait comprendre que fallait pas, plus…) et c’est à peu près tout ce que tu demandais.

Et vous alors, le burger de Blend, one shot ou PCR?

p.s: si tu veux élargir ton terrain de chasse, fais donc un tour chez Big Fernand (en bonus là, de jolis mecs pas snob et plutôt marrants. Pense à y aller avec ta bonne copine célib)

BLEND
44 rue d’Argout
75002 Paris
01 40 26 84 57

Burger 10 euros/frites de patate douce 5 euros/coleslaw 4 euros/ formule dèj’ Burger+frites+boisson soft = 15 euros

BIG FERNAND
55 rue du faubourg Poissonnière
01 47 70 54 72

Burger 8/12 euros, formule 12/15 euros

 

 

l’Ebauchoir, Paris XI

Ebauchoir, n.m: outil de sculpteur / Ebaucher, vt: donner la première forme

J’aime l’idée du cuisinier comme artiste de la matière. Et cette précision à son importance, je ne parle pas de l’artiste de la performance, encore moins d’un théoricien de l’art ou de la beauté. Je parle de l’artiste artisan, celui qui, de ses mains fait naître une certaine idée de la beauté. Ou bien encore la surprise, l’émerveillement, le doute.

Dans tous les cas, celui qui provoque le sentiment par la création. L’artisanat et l’art sont souvent mis face à face ; on se crache à la figure des vulgarités quand certains dénigrent l’un et auréolent l’autre. Alors qu’il « suffirait » parfois d’accepter l’idée que ces deux idées s’entremêlent la plupart du temps.

Je ne connais pas un cuisinier qui aurait la prétention de se dire artiste. Mais enfin, si, quand je mange ce plat, je m’émerveille, m’interroge et que mon esprit voyage, pas moins qu’en observant cette femme de Klimt ? Le paradoxe du cuisinier, tout en égo sous sa toque haute, il rougit pourtant et s’agace si vous lui parlez d’art. « je fais de la cuisine, bordel ».

Alors disons si tu l’acceptes, que tu cuisines et me nourris très bien, mais que tu as ce supplément d’art qui justifie quand même certaines distinctions entre cuisiniers et cuisiniers.

Le sculpteur a la pierre et l’ébauchoir, le peintre une toile vide et son pinceau, toi les produits et le couteau.

Certaines pierres resteront pierres, vides d’émotions. D’autres toiles, amenées à la vie avec ardeur et application, nous laisserons pourtant de marbre. Tout artisan n’est pas artiste. On pourra toujours utiliser ce coup de pinceau pour repeindre le mur de l’arrière-cour, et il le faudra précis et appliqué, aussi. On utilisera aussi la force du tailleur de pierre, pour ces tables lourdes du jardin public. Rien de vain voyez-vous. Comme cette plâtrée de pâtes servies aux copains à 3 h du matin. Il fallut bien faire bouillir l’eau, la saler convenablement, les cuire ‘al dente’. Un savoir-faire au service du besoin.

Et puis, d’autre fois, d’autre mains, l’ébauchoir court sur la pierre, attaque et peaufine, et naît une Vénus, un Penseur. On peut de là digresser sur la touche de génie ou l’acharnement du travail qui mèneront à l’oeuvre d’art, quand d’autre resteront objets d’art. Qui fait la différence? Comment cela opère t-il? un mystère autour de la notion du beau, encore… et de la perception/réception, aussi.

Quoi qu’il en soit, dans certaines cuisines, devant certaines assiettes, l’émotion jaillit en dépit de toute théorie. Et l’on n’attendait rien de plus.

 

L’ébauchoir, Paris XI

Une assiette végétarienne à partager, automnale, brute et douce.

un pavé de biche, sauce cacao corsée, panais, betteraves

la lotte, butternut, beurre/persil, pommes de terre

Pour ne rien gacher à ce moment de grâce et de simplicité, les garçons vous accueillent tout sourire, les filles vous conseillent avec précisions, le cadre vous réconforte… et on y boit plutôt bien, dire que j’ai failli oublier!

L’ébauchoir

43 Rue de Cîteaux  75012 Paris

01 43 42 49 31

P.S: une autre fois, traversez la rue de Citeaux et goûtez tout chez le Siffleur de Ballon, collègues/copains, tout aussi bien!

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