Archive for octobre, 2012

l’écrit vain

L’autre jour, on m’a interrogé comme ça, sans prévenir:

« et tu écris ailleurs, d’autres trucs? »

J’ai tourné un peu ma langue dans ma bouche, pas 7 fois quand même, et j’ai dû dire quelque chose comme « hum non, enfin oui mais non pas vraiment ».

Je voudrais bien, pourtant…autant pour m’enorgueillir du génie littéraire que pour savourer ad vitam eternam des droits d’auteur indécents. Certes, d’ « écrire » à « vivre de l’écriture », j’ai un peu élargi le sujet. Mais quitte à rêver…

Imagine….Je serais dotée d’esprit et de créativité,étoffés de facilités d’écriture.  Et de temps en temps, tous les 5 ans, je publierais un truc.Je vivrais de chance, de génie et de flemme…Tu vois Voulzy? Hum mince non quand même… Non, dans l’idéal,  je publierais des centaines de livres, les mots suivraient toujours les idées, les idées seraient toujours enivrantes. Les livres, tous intéressants et parfois drôles, tour à tour lourds ou légers. On en dirait du bien et du mal. Peu importe, on en dirait quelque chose.

Mais la réalité est toute autre, faite d’esprit embrumé, d’absence de génie et de simples plaisirs. Ce qui n’est pas si mal.

Faisons le test de l’écrivain. Je ne sais pourquoi je m’imagine toujours l’écrivain-le vrai- les mains sans cesse agitées de l’écriture, n’ayant aucunement besoin de connecter sa conscience à ses mains pour produire. A mon tour. Je fais comme si je n »étais pas sur un blog  » de cuisine », et je m’essaie à écrire sur rien. Sauf que : je suis déjà en train de te raconter que j’écris sur ‘rien’, ce qui n’est déjà plus ‘rien’. Et  voilà un prétexte pour écrire. J’ai échoué au test, qui, je vous et me l’accorde, ne tient qu’à un critère très hasardeux et subjectif.

C’est un peu comme si mes mots se cherchaient une raison d’exister. Alors que cet écrivain rêvé, sans se le dire, le sait: sa raison d’être, c’est d’écrire.

La raison d’être de ses mots, c’est lui-même.

Je pourrais jalouser cette idée que certains ont trouvé le lieu, l’acte, l’élan, qui les fait agir malgré eux, comme une évidence. Si je ne l’avais pas finalement peut-être trouvé moi-même.

Pour ma part, cette facilité d’action, cette évidence des gestes, cet effacement du reste, je les ressens quand je cuisine. Peut-être puis-je affirmer que je suis une vraie cuisinière doublée d’une fausse écrivain? Je ne dis pas que j’écris pour de faux. Je dis que j’usurpe un peu l’identité, que je pratique sans trop y croire, en dilettante. Mais j’ai des fourmis dans les doigts quand même. Quand j’y repense, c’est peut-être comme ça que ça a débuté finalement.

Je n’avais pas de prétexte ni d’idée, la page en restait d’une blancheur agaçante. Mes phalanges engourdies se sentaient lésées, et moi inutile. Coincée entre le désir de faire et l’incapacité à produire, j’ai pris un fouet, un cul de poule, et puis j’ai cuisiné un truc. Et je crois qu’au final j’ai réussi à raconter ce qui ne s’écrivait pas.

Quand ça s’est calmé, que les mots trouvaient leur place entre deux recettes, j’ai repris un stylo et une feuille. Comme ça ne marchait pas, j’ai acheté un ordinateur. Parfois, je prépare un plat, et puis finalement je vous sers des mots. C’est un peu le bordel mais finalement ça me plait.

Même si souvent, me relisant, je me dis que j’aurais mieux fait de me contenter de la soupe.

Velouté de potimarron/foie gras poêlé/fruits secs

pour 13 affamés furieux

-1 gros potimarron
-1 oignon
-50 cl de bouillon de légumes
-50 cl de crème liquide entière
-20g de beurre demi-sel
-huile d’olive
-sel
-poivre
-50g d’abricots moelleux
-50g de figues moelleuses
-quelques feuilles de menthe
-1 cuillère de vinaigre balsamique blanc
-1 foie gras cru déveiné
-100g de noisettes entières torréfiées

Réunissez les furieux autour d’une grande table. Pendant que vous servez l’apéro, et le buvez, trouvez une bonne âme pour couper l’oignon. Dites-lui de faire un beurre noisette, priant pour qu’il n’ait pas besoin d’aller chercher sur wikipédia, ou pire, qu’il demande au caissier du monop’ d’en bas à quel rayon ça se trouve. Comme vous avez fini votre verre, et que les furieux ont faim, faites revenir l’oignon là-dedans. Idem pour le potimarron, que vous aurez maîtrisé à coup d’éminceur ou de machette: le voilà morcelé, lavé, séché. On lui aura sauvé la peau, pour plus de saveur. Vous pouvez essayer de planter les graines en revanche.
Quand tout ça commence à crépiter sévère, calmez les tensions en noyant tout ce joli monde sous le bouillon (chaud) et la crème. Attendez sagement que la vie reprenne, que ça s’agite dans la marmite, et baissez le feu. Laissez la nature faire son boulot, disons un bon quart d’heure. Juste le temps de passer 3 couteaux d’office aux curieux qui trainent dans vos pattes, et leur demander de faire une brunoise avec les figues et abricots. Même problématique que pour le beurre noisette. Choisissez bien vos hôtes. Ajoutez à leur mixture un peu de menthe ciselée, le balsamique à loisir, et goûtez pour être sûr. On n’est jamais vraiment sûr mais quand même.
Si vous avez correctement brieffé l’âme charitable du début de l’aventure, elle est probablement en train de mixer ce qui a fini par cuire (oui, la nature est bien faite). Là, on a un velouté de potimarron. Vérifiez toujours cette histoire de sel et poivre, pour être sûr. On n’est jamais vraiment sûr, mais quand même.
Dans les assiettes qui ont été par magie étalées devant vous, déposez sans chichi la brunoise, et planquez-la sous le velouté. Ajoutez le foie gras, que vous – et personne d’autre- aurez poêlé aller-retour/sansmatièregrasse/àfeuvif/salépoivré. N’oubliez pas les noisettes un peu brûlées et concassées.
Servez à la table de 13, pote-bonheur plus que jamais, et demandez leur avis, pour être sûr. On n’est jamais vraiment sûr, mais quand même.

 

 

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