Archive for mai, 2012

Bigot Bitume. Les Grès, Lindry.

Mine de rien deux ans déjà, et plus encore pour beaucoup, que l’on se rencontre, se présente, s’apprécie, s’aime même. Deux ans que l’on picole, rigole, se la colle. Deux ans que l’on grandit, sourit, s’épanouit. J’abuse de la répétition, perdue dans les émotions, belles et rudes à la fois.

Parfois on se voit vite, beaucoup, intensément, on réserve des tablées, on s’installe dans nos canapés, on s’affale sur les quais, toujours toujours le même mot clé,
toujours toujours, cuisiner. 

Parfois on se voit moins, moins bien, moins serein. On s’éloigne, on s’engueule et on s’en veut. Puis on retrouve le mot clé, on se rappelle aussi l’amitié, on se rappelle surtout nos projets.

Chacun de son côté, mais tous épaulés, c’est toujours le même mot clé, toujours la même idée.
Chacun à sa manière, l’expérimenter, la travailler, la modeler, ne rien lâcher. Et certains en sont proche, oui, graver son nom dans la roche.


Je vois les S et H fulgurants dans quelques papiers marqués déjà, tellement mérités. La jeune cuisine, la belle cuisine.

N’y voyez pas de prétention, juste une déclaration.

Les mots sont bruts et la ponctuation m’ennuie. Parce que vous êtes libres, vous êtes vifs, vous êtes sans guillemet hésitant, point de suspension traînant, sans point final surtout.

Parce que quand Jérôme cuisine, c’est de l’écriture automatique. C’est lire Nadja à chaque bouchée.
Et quand je crois vos regards au même instant, Morgane, Marion, Boris, Valentin, putain je sais qu’on lit le même bouquin.

Ses mets se passent presque de mots,  coordinations,  subordinations?Quoi ? son crédo c’est sujet/verbe/complément.
Un rap ou une rime son goût s’exprime sans mime
c’est habile, unanime ça t’anime
Sur sa terre son espace
Jérôme c’est l’ apache
peau-rouge sous la lumière du passe
ou il dresse sans relâche
son tartare coupé à la hache
mousse noir, l’encre qui tâche
viens, passe, mâche
sens comme ensemble
ça marche

Nous on est là, table sans angle mort, chacun à la portée de tous, et on attend impatiemment que « ça » commence.

Depuis notre arrivée le boeuf bronze dans la fonte, comme le gigot des amis sous la couche de bitume. Sa cuisson définit le temps du déjeuner, son arrivée sera l’annonce du dernier vers, épilogue et pis voilà.  Quelques fraises en 4ème de couverture peut-être, un extra bien mieux qu’un résumé, impossible.

La lecture se fait à voix haute, à cris et à rires. Le vers est souvent impair, la strophe courte et anarchique. Distique gastronomique.  Jérôme l’auto-didacte dicte ses goûts, et les mots se rangement difficilement, s’entrechoquent comme nos verres au soleil.

Les produits sont connus, simples et accessibles. Ce n’est pas l’ingrédient rare qui fait la différence, mais l’art de la combinaison. C’est l’ obscure clarté de Corneille, l’oxymore du tartare de veau aux oeufs de saumon.  C’est plus largement l’antithèse du gras revitalisé par l’acidité, de la terre secouée par les mers, de la caresse de cette assiette, douce comme un agneau, de la puissance de cette gifle, aïe nouveau grillé…

 

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Parfois même, son produit n’a presque pas besoin de lui. Pas de tournure de phrase,  de figure de style, comme un mot beau en soi que tu te répètes à tue tête. La sublimation est invisible à la lecture, et pourtant. La cuisson et l’assaisonnement. Le choix du mot et le placement du verbe. Un accord parfait un ton sur ton trop facile? mais ose si c’est bon, comme c’est beau quand c’est fluide!

Il choisit, le papier céramique et la plume couteau. Il écrit comme on parle, donne à lire et à boire, tiens aussi. Parce qu’il ne faudrait pas te laisser noyer les saveurs. Tu boirais pareil toi, plongé dans Baudelaire ou dans Beigbedder?

Salut à vous.

Merci aux conventions littéraires de me permettre ici d’intensément remercier.

Remerciements :

Jérôme
Sophie
Valentin
Hugo
Morgane
Boris
Marion
Betty
Félix
Alexia
Lucie
Fabien

 

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