Des verres aux proses d’été, abricots caramélisés

Sur le vers à ras-bords poser les doigts, faire siffler des alexandrins aigus. On noircissait d’ivresse nos pages blanches comme nos pattes, innocence indécente des amoureux du bon. Hédonistes assoiffés, férus de mots ferrés par les maux, du passé bien sûr, on avance sans en être bien sûrs. Ce sont des abricots encore verts alors, qu’on reconnait à la texture, qu’il faut toucher pour savoir,  croquer pour le croire. Dans cette pomme d’Adam Eve plante les dents, c’est le pêché d’un abricotier, le fruit défendu jaune orangé. Ouvert c’est un petit navire, monocoque doré accueillant. Il ne faut pas hésiter  à embarquer, se laisser porter par l’acidité. Mêler le sucre originel au pétillant d’un vin naturel, oxydatif olfactif. On décidait parfois soudain de changer de rythme, binaire, tertiaire, nous oubliions les quatrains et cuisinions à quatre mains. Je choisissais de mettre le feu aux poudres, caraméliser et flamber, flambants neufs comme des souliers d’été on pouvait bien le tenter. C’était ne pas se contenter. C’était apprivoiser le fruit cueilli trop tôt, coûte que coûte le magnifier.

Si tu le laisses planté là, l’abricot s’oxyde, se rembrunit. C’est une délicatesse impatiente. Un diagramme d’Ellingham pour petits chimistes avertis, sans rien y comprendre nous entrevoyons le pouvoir de l’oxygène. Respirer, affecter. L’air que tu respires est celui qui te meut, te peaufine. Altération au contact de l’air, libre, la chair change au temps.

Je me découvrais des obsessions d’écriture, de pulsions en passion les lignes couraient entre les vignes. Aussi ces frontières infimes qu’on dessine sans crayon, au bleu dans nos coeurs, pour se préserver d’un envahissement. Je me rappele me les rappeler. Mais les lignes se courbent et se brisent. On ouvre des portes et des bouteilles, on se laisse conquérir. Le territoire s’agrandit, à ta plus grande surprise s’enrichit.

Voila nos abricots mûris d’une fin d’été, des amitiés nées au comptoir trimbalées en Jaguar, des émotions balancées qu’on ébauche au creux des porcelaines.

 

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Abricots rôtis, crumble au muscovado, chantilly au yaourt
pour 4

8 abricots
20g de beurre demi-sel
50g de sucre roux
1 branche de thym frais

120g de farine
50g de poudre de noisette
150g de beurre demi-sel
100g de sucre muscovado

30cl de crème fleurette bien froide
2 cuillères à soupe de yaourt nature au lait entier 
2 cuillères à soupe de sucre glace
jus de citron

Préparer le crumble: couper le beurre en petits dés. Préchauffer le four à 170°. Mélanger tous les ingrédients du bout des doigts jusqu’à obtenir un sable régulier. Déposer sur une plaque sans tasser, enfourner environ 30 minutes en remuant à la spatule de temps en temps.

La chantilly: fouetter la crème progressivement, ajouter le sucre, un peu de citron et enfin le yaourt. Garder au frais.

Les abricots: ouvrir les abricots en deux, dénoyauter. Faire dorer les abricots côté creux en premier dans une poêle chaude, au beurre. Quand ils sont colorés, les retourner et ajouter du sucre roux pour légèrement caraméliser; ajouter le thym. Baisser le feu et laisser cuire jusqu’à ce que la chair soit tendre.

 

Le temps des cerises

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J’écris puis j’efface, j’écris sans finir mes phrases. J’ébauche des rêves que j’oublie, j’entame des discussions sans fin, au petit grain. Et la fine mine soudain se brise, sans méprise. Car à trop vouloir dire on n’arriverait même plus à sentir. Le hasard, celui qui n’en est pas, tu sais, s’en mêle alors. Il t ‘impose la page blanche contre les idées noires. Pas la peine de trop insister, de trimballer dans ton sac un millier de crayons de papier. Laisse les mots de côté, accepte l’émail d’un été pour souffler. Laisse l’émotion passée, passer; et l’encre dans l’encrier.

Et si les mains s’agitent, terminus nerveux de tes tergiversations, occupe-les. Rassure-les à grand renfort de savoir-faire, terre à terre. Pétrir, sabler, étaler, cuire, couper, fouetter. Dresser. T’appliquer, te concentrer sur l’esthétique d’un fruit estival, vital. La cerise, sur le gateau, peut venir en préambule. Autorise-toi cette liberté: temporiser, mettre de côté, ne pas respecter l’ordre établi. Ton gateau de vie galère, les tranches sont inégales, tu cherches ta part? Laisse reposer. Peut-être la recette n’est-elle pas encore au point. Octroie-toi ce droit d’inverser l’ordre des choses, de savourer le petit plus avant le reste. Que reste t-il de nos amours dis-tu? un souvenir éperdu, ému. Une recette qui nous échappe. Qui tente de s’effacer de ta mémoire, que tu dois voir partir sans fuir. Il existe un nombre infini de recettes. Ton gâteau prendra forme, after the storm, tu choisiras les ingrédients, les dosages, car tu t’exerces chaque jour et découvres les nouvelles alchimies. Tes goûts, tes intolérances. Tes exigences. Laisse passer l’orage, pluie d’été ravissant les enfants de passage. Ne sois pas sage. Amuse-toi dans la tempête de petits desserts improvisés, délicatesses insoupçonnées! After the storm, peu à peu tout prendra forme.

***

Sablé pistache, cerises et mascarpone

Sablé:

170g de beurre
70g de sucre
250G farine
fleur de sel
pâte de pistache

Travailler le beurre en pommade avec le sucre et la fleur de sel, ainsi que la pâte de pistache. Ajouter la farine en une fois, pétrir rapidement et étaler la pâte homogène entre deux papiers sulfurisés. Mettre au frais. Préchauffer le four à 175°. Retirer le premier papier sulfurisé, enfourner sur plaque une vingtaine de minutes. Découper en rectangle le sablé encore tiède. Laisser sécher à l’air libre.

Mousse mascarpone:

20cl de crème liquide entière
2 cuillère à soupe de mascarpone
1 zeste de citron vert
1 cuillère à soupe de sucre glace

Fouetter la crème jusqu’à ce qu’elle devienne mousseuse, ajouter le mascarpone, le sucre et le citron, continuer de fouetter jusqu’à ce que la mousse se tienne bien. Mettre en poche et garder au frais.

Cerises au sirop:

1 kg de cerises
250g de sucre
50cl d’eau
1 zeste de citron jaune

Dénoyauter les cerises. Faire bouillir l’eau ave le sucre et le citron. Verser sur les cerises, filmer au contact et laisser macérer toute une nuit. Le lendemain, égoutter les cerises, faire réduire le jus jusqu’à consistance sirupeuse. Laisser refroidir.

Ah, et ça, c’est cadeau:

Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d’amour,
Evitez les belles 
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour
Quand vous en serez au temps des cerises
Vous aurez aussi des chagrins d’amour

Easy jet et coques marinière

Prendre un aller-retour sans trop hésiter, laisser courir les mots, émotions, sons cadencés. J’ai décidé de prendre les chemins de traverse. Une voie à travers champs, libre au vent. C’est une gageure pourtant, la liberté se paie, au prix de l’anxiété, du doute, du tout est permis dis? J’ai décidé tout de même de prendre la tangente, bretelle d’autoroute qui déserte les grandes lignes. On serpente soudain, sans voir le bout du chemin. S’en aller en long au large. Ah on a l’air malin, à respirer l’air marin, et on se marre, main dans la main.
Ce sont des grains de sable, des pépites dorées, des bulles de champagne, de doux rêves. Eveillés.
C’est Chet Faker, en Ré mineur.

Un clic et trois petits points, écrire en italique, envol, lyrisme technologique. Sur le papier sur la route, j’essaie le sans escale, le premier jet. J’essaie la vive allure, je sais les égratignures. Les fautes, les embardées, voilà ce qu’il faut risquer. C’est le low cost sur la west cost. Sans gilet de sauvetage, pas de confort émotionnel. Rien que de l’élan, envol, envie, un trip de vie façon conquête de l’ouest.

Atterrissage en douceur, s’accorder de la nature quelques faveurs. Sous le sable se cachent des trésors, ces coquillages des coffres. Décoder la carte… Boussole en bandoulière, bandana et marinière, nous sommes des pirates de l’air en bord de mer.

On se veut aventurier, on croit larguer les amarres. Et puis c’est la panique, les turbulences aux échos dramatiques. La liberté se paie ne t’a t-on pas déjà dit? Et te voilà marin d’eau douce, amer, hésitant à t’y mouiller. Orteils frileux, nage incertaine, petite rengaine. Les méduses sont les vestiges d’un passé qui flotte dans les courants.

Heureusement nager, penser et même rêver sont des mécanismes qu’on n’oublie pas. Alors si tu crains le naufrage surtout ne t’en fais pas, et nages, toutes tes forces jusqu’au rivage. Je me suis laissée sagement échouer sur le sable, affable; j’avais rêvé trop vite une douce fable. Dans mes poches des souvenirs et l’avenir, écrins nacrés sacrés. Dans mes poches ces petites coques, bivalves salvateurs, qui ne perdront jamais leur saveur.

***

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Coques, ail & persil

pour 2, à manger du bout des doigts, en attendant la suite

-500g de coques
-1 échalote
-1 gousse d’ail
-1/2 verre de vin blanc sec
-1 petite branche de thym frais
-1 poignée de persil frais

Faire tremper les coquillages quelques heures dans un grand volume d’eau salée.
Ciseler l’échalote, hacher l’ail. A l’huile d’olive dans une sauteuse, les faire suer à feu vif. Ajouter le thym, les coques, le vin blanc, et couvrir. Remuer la sauteuse, enlever du feu quand les coques s’ouvrent (à peine 2 minutes, mais cela dépend de la taille). Ajouter alors le persil frais ciselé, et servir sans attendre.

Fire works. Caviar d’aubergine brûlée.

Tu prends les risques, quitte à échouer, c’est bien c’est très bien n’écoute pas les sereins. Je ne te dis pas de courir dans le vide, de sauter dans le vent, de t’épuiser à contre-temps. Mais je ne te dis pas d’éviter les flammes, d’écarter la lame, chauffée à blanc. Pourquoi pas, après tout, approcher l’excès, frôler le trop. Pourquoi pas, maintenant, essayer l’improbable? Crame toi en surface, oublie l’écran total, allez, un coup de soleil un coup de je t’aime.

On t’a appris l’amertume, l’aigreur, l’ acidité, il est temps maintenant. Viens, approche, apprivoiser le brûlé. Cette tartine oubliée dans le grille-pain au petit matin, le poivron qui boursoufle sur les grilles du barbec au jardin, les pommes de terre enfouies dans les braises ardentes… Sens comme son parfum te fait du bien. Sous l’écorce carbonisée c’est la surprise, la tendreté, l’inespéré.

Un temps de trop et c’est immangeable. Mais comment savoir où s’arrêter? Essaie, pousse un peu plus loin. Accepte de tout rater. Assume le jugement et la risée, en attendant c’est toi qui crépite, pendant qu’à côté ça grelotte et ça roupille, routine. Patates vapeur pour petites peurs. Oublie la tiédeur. On t’a bien appris les bases, école hôtelière pour la cuisson, ô tradition. Et pour la vie l’amour, sur les bancs de l’ école sociale, familiale, cléricale, on t’a bien ancré ces mêmes bases, ô tradition, ô sacrée raison. Mais tu t’ennuies, tu t’ennuies et tu échoues! C’est quoi le plan, dis, c’est quoi ton schéma magique, tragique! où tout le monde se plante? 1+1 main dans la main, t’es sûr de ton chemin? Oublie l’auto-cuiseur, le minuteur. Jette au feu cette cocotte-minute, papillon. Allumons une flambée délirante, risquée, trépidante.

L’essence en jerrican, ton âme ton combustible.

Hey pyromane, sous la chevelure tout feu tout flamme, tu craques, des allumettes puis souffle sur les braises, à l’aise. La lumière bleutée s’élève devant tes yeux, hypnotique. Réconfort et danger mêlés, c’est la chaleur et la douleur. C’est risquer sa peau à s’en brûler les ailes, c’est doré, ta peau, foyer charnel. C’est vivre, c’est vivre ça j’en mettrai ma main au feu.

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Caviar d’aubergine brûlée

6 aubergines
2 gousses d’ail
sel, poivre, thym
huile d’olive
1 oignon
1 jus de citron jaune

Préchauffer le four à 180°. Laver et sécher les aubergines. Brûler leur peau au chalumeau ou directement sur les flammes du brûleur. Quand la peau est noircie, ouvrir les aubergines en deux dans la longueur, déposer dans un plat, arroser d’huile d’olive. Parsemer d’oignons émincés, assaisonner: sel, poivre, thym. Enfourner jusqu’à ce que la chair soit tendre. Récupérer la chair à l’aide d’une cuillère, mixer avec l’ail frais, en ajoutant le jus de citron et de l’huile d’olive jusqu’à la texture souhaitée. Rectifier l’assaisonnement en sel et poivre. Refroidir.

sides: chèvre frais, huile d’olive+citron, radis roses, ciboulette, fleur de sel

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