Bali en bouteille

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Il me devient de plus en plus difficile d’écrire: mes supports habituels s’éparpillent. Mes sujets de prédilection, à savoir la nourriture et l’homme, me préoccupent pourtant toujours autant. Mais voilà qu’ils se dispersent, s’espacent, chill et surfent au calme sur mes vagues intérieures. J’ai très envie de clamer que c’est une grande et bonne nouvelle. Eh ! c’est une grande et bonne nouvelle putain ! Oui mais voilà : dépourvu de ses torrents habituels d’émotions, mon cerveau rame. Pourquoi pas tout simplement ne rien dire? Oui, aussi, j’y pense. Et puis les photos, les souvenirs s’accumulent et soudain l’envie de partager. Il y a aussi ce désir étrange, ce besoin (?) un peu masochiste de questionner un autre regard, des opinions.

Un ami m’interrogeait à ce propos récemment: comment fais-tu pour oser? écrire sans te soucier du lecteur? moi je bloque !

Ah. Bonne question. Je fus dans l’incapacité de lui répondre clairement. A vrai dire je me suis mise à réfléchir à la question au moment même où il me la posait. J’ai bafouillé quelque chose à propos de l’absence de pudeur (image du monokini à l’appui) et du besoin de reconnaissance. Puis j’avançai évidemment l’argument majeur et néanmoins jamais avéré, aka ma quasi certitude de l’absence de lectorat, passée la frontière de mes amis fidèles,  famille et âmes errantes.

Bref, j’écris des trucs, je les publie sur des coups de tête en évitant de me relire, et ça me détend comme de manger une glace au yaourt sans haut de maillot. J’écris parce que les mots me fascinent,  et que communiquer me passionne.

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Parfois mes mots sont une tablette de chocolat dévorée d’une traite, un paquet de chips au vinaigre englouti en moins de trente seconde. Des mots en mode fast food d’urgence. Souvent quand la soirée fut débile et géniale, que mes orteils dansent encore sous la couette, que j’ai besoin de raconter comme d’éponger. Alors se couchent les mots comme s’engloutissent les frites, supplément sriracha. Junk mood de lendemain de cuite, bêtement.

Puis d’autres fois mes mots sont des kimchi.  Des pensées qu’on laisse fermenter pour qu’elles prennent sens, texture, saveur.

Je n’ai pas le savoir-faire ancestral des japonais concernant la fermentation. Je mets mes souvenirs en vrac dans un bocal (qu’on appellera cerveau, étiqueté ‘memoire’). Je laisse le temps faire. C’est drôle, comme ces histoires d’amour dont on ne retiendra que le bon, après plusieurs années. Le bocal fait son boulot, plutôt bien en général. Les éléments sans intérêts finissent par disparaître. Un vague souvenir s’effacera peu à peu, sans laisser de trace, à peine un goût amer.

De temps en temps tu ouvres un petit bocal. Tu goûtes les souvenirs après macération, sans précipitation. Ce sont ces mots-là qui prennent leur temps avant de se frayer un chemin jusque ici. Ils sont plus subtils à manier, j’ai goûté souvent des résultats désastreux. Je publie peu de kimchi. Ca me force à ma relire, à m’organiser, à me remémorer méthodiquement. L’angoisse. Généralement ils resteront donc sur l’étagère, sans que j’ose même y jeter un oeil tant j’appréhende la déception.


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Mais il y a cette grande jarre, où sont empilés les palmiers, les rizières, la moiteur indonésienne, les sourires, les gestes, les prières, les pêcheurs, le piment, les gado-gado, le café balinais, la jungle, les volcans…! Le tout baigné de lumière d’aubes que je n’avais jamais même osé imaginer et fumé au bois des encens ou des feuilles de palme. La magie du temps opère entre album photo, travail de mémoire et émerveillement persistant. Alors il est temps de faire sauter le couvercle, de te parler un peu, beaucoup. Pourquoi, parce que. Parce que déjà tu me manques au loin, alors voilà une excuse pour te causer, et puis aussi parce que je m’en voudrais de ne pas te dire de faire ce voyage si tu le peux, un jour.

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C’était Bali sur un coup de tête, un coup de coeur. Je ne savais pas à quoi m’attendre, je ne voulais rien attendre. J’avais dans une poche Google map, mon plus fidèle allié, dans l’autre griffonné sur un carnet les bons conseils de quelques amis, et à mes côtés un coutumier de l’île, avec les mêmes aspirations : fuir la routine, le tourisme, la foule, la ville. Retrouver la quiétude, la beauté, la nature. Respecter le lieu de passage, ses habitants, ses habitudes.

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Ce furent dix jours à mille à l’heure, à la découverte de cette terre majestueuse, volcanique, tropicale, inspirée, captivante. Si tu ne devais en voir qu’une partie (je sais, choisir est un supplice), voilà où je t’emmènerais. La région s’appelle Sidemen, le village Sideman. Il se cache entre les montagnes couvertes de fougères, d’arbres géants et de rizières. Pour rejoindre la rive opposée,  les écoliers  sautent de pierre en pierre pour traverser la rivière. Le pont est cassé, pour le moment. Il y en a un autre un peu plus loin, franchissable en deux roues seulement. Le long de la rivière un ancien canal d’irrigation se faufile dans la jungle, on le suit en équilibre sur le muret.

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On se perd dans ces montagnes protectrices.  Les rizières sont d’un vert irréel. Et soudain ce temple, abandonné? Gris anthracite appelant l’orage, qui trône au milieu des champs. Nous on n’est rien ici, rien d’autre que deux grains de riz blanc montés sur roues. L’humidité nous enveloppe d’un voile réconfortant, qui rapproche la texture humaine de celle de l’ environnement. Au creux de cette vallée j’expérimente une étrange sensation de symbiose. On oublie de genre de truc après dix années à se frotter au bitume. Les pieds nus vont de soi, escaladent murets, racines, roche, galets. Entre mes orteils se faufilent l’herbe tiède et humide, le sable noir d’Amed au crépuscule. Ils sont des tapis volants.

 

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La nuit tombe, la chaleur reste. Il est cette heure étrange, entre ombre et lumière, qui me rappelle les contes celtes. Il y parait que l’on passe du monde réel au merveilleux quand on entre dans une forêt, emprunte un pont… L’environnement reste le même, mais sans qu’on le sache vraiment nous sommes ailleurs. Les teintes bleutées de la fin du jour accentue cette sensation. Au bout d’un chemin cahoteux, s’enfonçant dans la forêt, nous voilà au milieu des vestiges d’un resort abandonné. Quelques cabanes en bambou, des fenêtres couvertes d’une poussière qu’on dirait millénaire. Une femme passe au loin, sur les petits sentiers dessinés par l’architecte de l’époque. Entre les galets elle marche et prie, portant haut sur la tête le panier d’offrande, et dans sa main les encens et pétales. Ce lieu fantomatique continue de recevoir la bénédiction des dieux. Il fait soudain extrêmement bleu. Devant moi un immense bassin vide. La mosaïque semble intacte, préservée de l’usure du temps. Me voilà au milieu de cette majestueuse piscine qui n’est plus qu’une piste de danse bleue électrique. Que s’est-il passé ici, qui nageait là? On chuchote et invente des histoires sans trop s’éterniser. Les âmes semblent paisibles mais on ne voudrait pas s’imposer trop longtemps. A nouveau le chemin et ses embûches, comme un tunnel nous qui ramène vers le monde réel.

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Il est 19h environ, la nuit à recouvert Sideman. La lune éclaire à peine la route, dans la vallée résonnent les prières. Sirote des Bintang glacées en regardant la lune.

Le lendemain, rassasiés de verdure, on quittera Sideman. Tracer la route jusque Amed, se brûler tes pieds sur le sable noir. Si tu me suis jusque là alors vas pêcher le maquereau sur ces petites embarcations sublimes, avant que le soleil ne se lève. Explore les fonds marins, découvre de nouvelles couleurs sous forme de poissons. Quand tu seras en quête de contrastes, encore, alors du petit port d’ Amed embarque vers Gili Meno. Brûle tes pieds sur le sable blanc. Passe des heures à regarder les guirlandes de coquillages pendues aux arbres. Bois du jus de sirkak. Mange un nasi-goreng. Ne panique pas pendant la tempête: elle t’offrira des bleus-noirs hypnotiques. Fixe ton regard sur l’horizon où la mer, les vagues, le ciel, les nuages et la pluie s’organisent dans un ballet fulgurant et sauvage.

Bali est un kimchi d’aubes et de crépuscules. Des pickles de jungle et de rizière. Des bocaux qu’on voudrait infinis.

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Edit tardif: concernant la mer d’huile et le calme intérieur, qu’on se rassure, les vagues sont  bien revenues. Hey, Let’s go surfing !

 

 

 

Mots-valise. Les Arlots, Paris 10

Mes affaires sont éparpillées, comme nos pensées au réveil. Les valises entrouvertes hésitent entre minimum nécessaire et maximum aléatoire. est-ce une valise de vacances, ultra densité du court séjour, ou le fameux sac de départ sans retour? emmener avec soi tout soi ou laisser derrière ce qu’on n’est pas sûr de vouloir trimballer dans le futur ? Le futur se voit en déshabillé, le futur est à inventer. Je laisse volontiers les pulls,  collants et névroses. Les tics de l’hiver en boule dans les cols roulés.

L’été furieux et incandescent tout simplement redescend. Les bouffées de chaleur et les montées d’adrénaline s’éteignent comme des mégots fumés avec ardeur, qu’on écrase dans le sable tiède d’un début d’automne. Paris est un cendar à ciel ouvert, grisâtre et enfumé, vestige géant de soirées interminables où l’on s’occupe les mains et la bouche.

Paris est mon amante bipolaire. On se refile des frissons, des hauts et des bas au fil des saisons. La journée régulièrement commence dans le brouillard, ni tôt ni tard, juste à l’heure de la couette grise posée sur nos grattes-ciel. Ne pas allumer la radio, pas tout de suite, ne pas entendre les voix de France Inter qui nous rappelle que le gris ailleurs n’est pas un duvet matinal, mais la routine de bombes glaciales. Faire l’autruche sous l’oreiller, insuffisant.
Les minutes de septembre défilent trop vite, il est midi et soudain Paname le belle revient à moi. Tout sourire de ce soleil instable, fulgurant, qui t’aveugle pour que tu y vois clair. Derrière les paupières, closes et sereines, blotties au creux d’une de ses lumineuses parenthèses, ce sont les souvenirs qui défilent. Ce furent trois mois à mille à l’heure, pas d’endurance pour ces vacances mais des sprints, des embardées, des assauts finaux. Je me suis vautrée dans les mots, roulée dans le sable fin, plongée bras en croix dans l’océan sans requin. Sans peur de rien.

Paris écoute mes histoires de vacancier un peu flingué. La saveur des maquereaux de Guéthary, des abricots de Maleville, des vagues blindées du sel de la vie. Elle jalouse ces atouts ruraux. Paris veut tout, revêt ses plus beaux atours pour me garder près d’elle. Paris triche, embrume nos esprits, se déguise en chat sauvage, flatte nos egos et nos appétits. Paris je t’aime et te quitte, encore. Paris je t’aime, te quitte, et te reviendrai, encore.
Nous avons vécu l’âge d’or ma belle, la passion des débuts qu’on sait réactiver à loisir, pour ne rien d’autre que mieux tomber ensuite. On se bastonne et s’enlace sans jamais se lasser.

On ne se lasse même pas des blessures : nous avons pris goût à la chute.

Chère P., tu sais comme j’aime ton extrémisme, ta connerie, ta futilité, ta passion, tes mots, ton esprit, ton intelligence; ta vie est un roman dans lequel je choisis mon personnage. Mais oh comme Je déteste ton arrogance, ton défaitisme, ton snobisme! Tes manies de princesse. Octobre sonne la fin d’un chapitre honey. L’évidence de la noyade au bout du roman-fleuve soudain m’apparaît. Cette brasse coulée que tu m’offre entre tes lignes? je crois que je préfère aller surfer la nouvelle vague.

Laisse moi goûter les joies des nouvellistes, être ce personnage sans complexité, qu’on décrit en un paragraphe et trois tirets. -Melle X – 30 ans – au soleil -émerveillée. Part vers de nouvelles et lointaines aventures chercher ce qu’elle cherchera toujours. Rencontre koalas et surfeurs, mange kale et quinoa, plante tomates bio, fait pain au levain, skate un peu le matin. Aime toujours aimer. Oublie Paris dans les bras de Sydney.

Sydney est mon amante extrasolaire. Lointaine, exotique, extatique, en v-o dans le non-texte. Superficielle, belle, si belle. Trempée d’embruns salés, de sueur de sportifs. Elle met du monoï sur mes blessures. Elle ne me laisse pas dans le brouillard des romances littéraires, et m’ennuie vite, bien sûr. Mais ne lui dis rien, P. Et ne sois pas jalouse, non plus. L’amour est multiple. Ce sont des pointillés sur une boussole géante qui jamais ne nous conduit au nord, mais nous égare dans ces aventures haletantes. Chercher ce que l’on cherchera toujours.

Les amourettes d’été s’éteignent sur Paris, se rangent dans des dossiers photos estivaux qu’on ne feuilletera que rarement.

 Je laisse les valises en suspend, leur jette quelques oeillades de défi. Comme si par magie le contenant éclairerait le contenu. Je laisse tout en plan sur un appel de P. Je ne saurai jamais lui dire non. Elle me happe au comptoir, choisis les amis avec soin, remplit nos verre de glace et de promesses. Elle connait mes marottes et mes cordes sensibles, m’emmène danser jusqu’à m’épuiser. C’est un adieu on ne peut plus joyeux.
Au réveil elle est là, n’est pas du genre à filer à l’anglaise. Paris assume ses conquêtes.

C’est un roman a mille voix qu’il faut continuer d’écrire, raconter Paris partout pour étoffer la légende. Il te faut un bistrot, un rade, un ami. Un zinc en bois et laiton sur lequel trônent les quilles de vin nature, un bouquet de fleur, une machine à café.  Ce midi là j’ai laissé en plan le futur -des sacs béants pour le moment- pour continuer le roman. J’ai sous les yeux des valises, pleines de mots de la veille. On trimballe nos bagages où que l’on aille.

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L’ami était roux, beau, souriant et avide des péripéties de P. qui avait fait encore des siennes. On a rit comme des baleines et mangé comme des ogres; les enfants d’un conte urbain célébrant les lendemains. Dans la petite salle ourlée des Arlots Paris s’est laissée compté ses propres ragots. Elle nous écoutait parler d’elle, sourire en coin. On se régalait de terrine, de maquereau, de biche et de beurre noisette. La tarte aux pommes et le calva étaient non négociables. Puis sur le trottoir brûlant de soleil les mégots se sont consumés, rejoignant la pile abstraite des histoires racontées au rythme des cigarettes. Paris satisfaisait notre curiosité, nos appétits et nos égos. Paris est magique.

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Les Arlots, bistrot parfait pour roman français. 

136 rue du Faubourg Poissonnière
75010 PARIS
0142829201

Ouvert du mardi au samedi midi et soir. Menu déjeuner infaillible à 22 euros. Sourire de Tristan inclus. 

Australian dawns on sourdough bread

I’ve just had a look at my first writing in australia and realized it was all about mornings and written in english. I had not planned to write this one in english, neither I could remember that the first one was already about mornings. The picture of a ‘rise and shine’ loop in which I am having an australian ride makes me smile.

I used to be a night person, having late dinners and over-late parties, but as far as I travel in my drunk memories, the most enjoyable part has always been the morning after. Even when the hangover was intense, I could smile over my black coffee, hardly handled with two shaking hands. Ok, don’t make me wrong: I had deeply hard mornings after too. Those after a night during which you could never find the good place to dance, the good wine to drink or the good boy to kiss. But, talking about greats evenings with delightful meals and friends, hours of smiling that make your cheeks painful and hours of dancing that make your legs sore, I can tell you how much I love the morning after. As I slowly get awake, my thoughts enjoy a look at blurred memories, magical quotes and historical dance steps.
The tiredness all day long could make someone suffering whereas it makes me feel that it is worths it. The pain is my « bad but good » reminder of these crazy moments. Oh, my legs are so sore man… yeah, because I’ve danced all night and c’était si bon !
Anyway, I am not that much this girl anymore (am I?).  But I still have definitely something for the mornings.

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Skies over Bondi coast blew my mind every day I woke up in Sydney. I can’t get bored of rising suns in Australia. In New South Wales, they go with shy sound of little birds hidden in tropical trees, coffee machine warming up and rhythmic waves on the sand. In Basket Range, they go with the rooster song, hungry dogs and-sometimes-pouring rain. During eight months (eight months !) I had as busy as lazy wakes up, nevertheless always early. I woke up in different australian lives and roles; I can remember each feeling, when there were mornings in the city, at the farm or on the beach. Sydney, Melbourne, Yark, Moruya, Woolongong, Bellingen, Byron, Danbogan, Sydney again and again and again, and now Adelaïde Hills. The wheel keep turning and I’m having a great ride. Let it on for a while, please!

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Breakfast is also an amazing reason to love mornings, don’t you think? I told you about the smokes in the lounge room, from teas, coffees and breathes. Then add to this mystical ambiance a freshly baked sourdough bread and a house made rhubarb jam: here is all we need. Yes, evidently, I’m trimming it. If it was all I needed, I wouldn’t be running here and there to find myself, and probably would not be writing obsessively neither. Whatever, wake up alive and with the smell a fresh bread cooking t is definitely a good start for a ‘being happy therapy’.

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Every morning offers the possibility of an absolute new beginning. Like if the night has been digesting the past, you wake up hungry and ready for something that has not been done before.
Of course, you have obligations and repetitions, as feeding dogs and chickens, having a shower sometimes, broom the floor and stuff like this. But still, the day can be absolutely new if you want it.
Mornings have this inherent ability of being the beginning of everything. You see? They are the world of possibles from the second you open your eyes. God damn it. This is powerful.

In Paris, the routine at work has been quite comfortable even in the hardest days. Indeed, even if you were on your way to a twelve hours shift with no break in that creepy kitchen, at least you knew precisely what was coming. These twelve hours shift with no break, and that was it. So you also knew that it had an end. You could keep on focus the last touch of cleaning announcing the way back to bed for a short night.
And I tell you what, my routine last two years has been highly comfortable because there were not really hard days. I had the best boss ever, a young and enthusiast team around, and an unexpected freedom. They’ve trusted me and we’ve been together on a great sunny road for a while: feeding more and more people with better and better products. It was a golden age in my cooking story. We broke up in very good terms at the end of July 2015, and …it’s been almost one year ! This might explain why, having a look on our photo album about last spring dishes, I feel a bit nostalgic today.
Memories get better with time, I know. I reckon it was probably not that idyllic if I’ve decided to finally fly away. Or, even more possible, I always get bored at some point and wanna try something new, further, stronger…in the eternal delusive idea that there is somewhere somehow a greener grass to lie down on.

Dreaming about fairy green fields, I watch the little green leaves floating in the tea pot. This monday morning is a Genmaicha tea one. I can hear Billie Holiday then Cat Power in the background. This is the ‘Sophie working on wine books’ nice soundtrack. Through the large window, you can see the rose trees that have been pruned. Further, the winter vines are lined, and walk down the hill. On the opposite side, pines trees hide mushrooms and kangaroos. The wine was delicious last night, the fire was on and the talks easy. This tea makes me recover from a lack of sleep, warms me up, calms me down.

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The traditional last minute change on the plan -I was still thinking that we were building the green house today when I woke up- suddenly allows me to write. I can’t tell you how good is that feeling. On the Hill next door, Jasper and Anton are talking about the future, the opening restaurant and the growing wine world, and that can last for hours, helped with some never-ending cups of coffee. Those two have passionate and colorful conversations, looking at the big picture. It’s always nice to listen to them, even if you know you can’t really enter the game. Just listen, admire, smile, and get inspired by their creative flow.

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Meanwhile I can enjoy to bake a new loaf of bread, look at the secret of kombucha creation, and try to line words and thoughts.
What would be MY future, by the way…? There is no answer in the bottom of my cup. Tea has just been tea, but a very good one, et c’est déjà ça.

As Jasper sometimes say, a wine from Anton reveals its own greatness when you drink it with him. This tea makes me think about it: legends and stories that gives a particular and delightful taste to a product. This tea story is a simple sunny sunday, when my host and I wore sunnies and drove early downtown to a farmer’s market. Cruising around looking for an absent farmer, we finally found the tea catcher. You rarely find what you were looking for, but the amazing thing is that you might end by getting better than expected.
One week later, back on my computer thanks to a rainy free morning, I am still enjoying those teas. I’ve just opened a new one, an earl grey.

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My mind is cloudy and can barely concentrate. I flow with the particles of the saving drink in the pot. Yes, I finally get back to the late night dancing stories yesterday. And I am precisely re-experimenting this theory  of the ‘bad but good’ headache. My four hours sleep was not enough, and the last beer was absolutely too much. But a new bread is in the oven, the birds sing on the top of the vines and the tea is warm and comforting as the night was. Sleeps after dance are often short but always deep.  As I write and erase, write and bake, write and wonder, one of my favorite part of the brain slowly build memories, mixing talks, moves, smiles and dreams. Then suddenly the bread is cooked, showing off a beautiful golden crust, and gives me a call to stop lining words. Let’s cut and taste.

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Sourdough starter:
50g of wholemeal flour + 50g of room t° water. In the morning, mix together with a wood spoon in a jar, cover with a teatowel and leave it in a warm place for the day. At night, feed the starter with 50g of flour and 50g of water. Leave it overnight in a warm place.
Next morning, remove 100g of the preparation (keep it to make pancakes) and add 50g of flour + 50g of water to the starter. Cover and leave it for the day in a warm place. Repeat this operation at night. Do the same on the third day: your starter might be bubbly and alive, and have a nice acidic smell (like a yogourt).

Basic ourdough bread (perfect finalised recipe and timing thanks to Nina Fuego)
100g of starter
500g of light wholemeal flour
10g of salt
300g + 80g of warm water

In the afternoon, mix together the 300g of lukewarm water and the starter in a bowl, by hand. Add the flour and mix gently. Transfer the dough on the bench, then work on it for 3 or 4 minutes, until you feel some elasticity on the dough. Put the dough back in a bowl, cover with a tea towel and let it rest in a warm place for 30 minutes. Fold the dough one or two times inside the bowl (to « punch down » a little bit)  then set aside on warm place for 30 minutes again. Do it one more time. After these 3 ‘folding’ times, add the remaining water with the salt.
Work the dough on the bench then let the loaf rise (in the bowl still, covered, warm place) for 2 or 3 hours.
If you start around 2 pm, it should be around 6/7 pm at this time. Punch down the dough on the bench, then work on it gently and give it a pre-shape. Wait 10/15 minutes, give a final shape and put upside down in a bowl or a basket (put a lot of flour in the bottom of it!). So your ‘crust’ side is at the bottom of the basket. Cover and let it slowly rise overnight in the fridge.
In the morning, flour  the bottom of a cast-iron pot. Turn out the loaf into that pot, do one or two cut. Put the lid on then put in the cold oven. Turn the oven on, 220°. Cook for 30 minutes, then 10 to 15 minutes more without the lid on.

ps : The perfect warm place = above the coffee machine. So you think about your bread anytime you make a coffee, or you think about having a coffee anytime you check your bread.
ps: It’s hard to explain without showing the way to « work on it » or « shape » the dough. I am sure that you have a better wifi than me though, so you can have a look on our helpful virtual friend aka YouTube. Or find who is Nina Fuego.

Cheers!

Pêches de vignes // Fall in the Hills of Adelaïde

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L’hiver ne passera pas par moi, c’était mon mot d’ordre 2016, mon idée fixe. Et puis les mois défilent, les rencontres se hasardent et les voies se dessinent, vers des contrées qu’on n’avait pas évoquées. Au moment où je t’écris, j’ai aux pieds d’épaisses chaussettes en bambou et sur les épaules un gros pull. Entre deux lignes j’allume le feu dans la cheminée. Derrière moi, on fait cuire les dernières tomates du potager et s’alignent les bocaux: confiture de rhubarbe, de mûres, poivrons et tomates au vinaigre, compote de pomme, gelée de coing et crème de châtaigne. C’est une transition en douceur qu’on se promet.

L’ automne s’infiltre dans nos peaux, elles s’assèchent et se crèment. Ca sent le brûlé, fumé, ça crépite au creux de l’oreille. Les cheveux conservent l’odeur du feu de bois jusqu’au petit matin, comme ils gardaient précieusement celle du barbecue il y une semaine à peine. On ajoute des couches de coton sur nos corps. Tu vois, me voilà dans le froid. C’est bon de ne pas tenir ses promesses parfois.

Les saisons ont soudainement pris tout leur sens pour moi, ici, si loin. A Paris je pestais contre l’automne puis l’hiver, chaque année, inexorablement, depuis bientôt douze ans. Il ne représentait pour moi qu’un truc pénible, humide, qui m’obligeait à acheter un nouveau parapluie chaque quinzaine (on le perd toujours quelque part, non?), un nouveau manteau,  des chaussures plus chaudes, et à empiler les couches. Je me sentais piégée, engoncée dans mes sapes et coincée dans l’humidité. Soyons honnête, je déprimais. Et le schéma se répéta ainsi jusqu’à ce que-éclair de génie ou sursaut salvateur- je décide de prendre ce billet d’avion afin de FUIR définitivement les deux saisons infernales (et néanmoins glaciales).

Mais voilà, ici, l’automne signifie beaucoup, beaucoup plus. Il surgit naturellement après l’été pour permettre le repos de la terre. C’est la fin de l’opulence, le dernier coup de collier dans les vignes aussi: les vendanges se terminent, voilà l’heure de mettre en bouteille l’année passé, l’heure des récoltes de la nouvelle, des presses, des fermenteurs, de la plonge et des mises en barrique. Le mécanisme bien huilé de la saisonnalité devient évident quand il s’agit de vivre de la terre! S’occuper du sol, le régénérer, le soigner. Puis planter les graines pour l’hiver, construire une green house, anticiper l’avenir. Observer le ciel, les étoiles, le vent. Essayer de comprendre ce qui se passe, de trouver sa place. Je commence tout juste à peu à peu cerner le sens du mot biodynamie. Mais je crois que c’est une évidence qui se vit plus que ne s’écrit. C’est une roue géante et sublime qui régit l’univers, dont on imagine pas les rouages! Chaque élément autour de toi, ce sol humide, ces feuilles rougies, cette pluie soudaine! et la lune, basse et flamboyante ce soir, oui le moindre millimètre mouvant autour répond d’une super-organisation, d’une logique imparable. Disons que tout fait sens. C’est finalement mon incapacité à exprimer l’immensité du phénomène qui me fait prendre conscience de son importance, de sa nécessité, et de sa beauté. Je sais, c’est lyrique, et long, et alambiqué, et j’en fais des caisses tu penses, mais bordel… si tu savais comme c’est beau…!

Je dois toujours empiler les couches, mais je n’ai pas racheté de manteau. J’emprunte celui oublié par un copain vigneron, j’use les pulls élimés de la famille, on achète nos chaussettes en groupe, et on ne se soucie pas des miroirs. Je me fous des trous dans les chaussettes tant qu’elles me tiennent chaud, je me fous du jus de raisin collé aux joues, de la terre incrustée sous les ongles, des cheveux plein de noeuds, des cernes sous les yeux. Si tu savais comme c’est agréable!

Tous les matins la lumière change et m’émeut. On a reculé les aiguilles de l’horloge, le soleil pointe vers 6 heures. La brume est souvent là, elle recouvre les vignes. Le soleil insiste et finit toujours par percer. Par la grande baie vitrée, entre les toiles d’araignées, les rayons filtrent et te poussent à sortir du lit. La fumée du thé bouillant se mêle aux vapeurs de la machine à café, à celle du toast un peu brûlé, à la buée quand on entrouvre la porte. Ajoute à cette ambiance feutrée, faites de nuages de chaleurs, nos regards encore emplis de blizzard. Les italiens appellent ça le Nebbiolo, bizarre ou magique, c’est le nom du cépage au bout du regard.

Aujourd’hui ça fait un mois tout pile que je gravite sur les Hills d’Adélaïde. Quand tu arrives dans le coin, on te dit que tu ne repartiras jamais. Les premiers jours tu penses plutôt l’inverse, tu te demandes même parfois  comment tu vas survivre, si tu vas tenir le coup. Toi qui débarques de la côte, de la ville, du superficiel et néanmoins confortable Australian surfin’ dream, son sable fin, ses chaï latte. Toi, légèrement maniaque-organisée-ponctuelle-angoissée, pas toujours franchement optimiste, tu vas découvrir le rythme et l’énergie des Hills: une nouvelle notion du temps, du travail, de la vie, de la vigne et de la fête. Et vite,  bien vite, ça fera déjà un mois, et tu te surprendras à te demander si tu veux vraiment repartir.

Ici précisément, ce petit coin fait de collines, de dirt roads et de wineries, ça s’appelle Basket Range.  C’est un nid haut perché de vignerons allumés. Faire sa place dans la couvée se mérite. Il faut d’abord ne pas te perdre en route, traverser les forêts d’eucalyptus et te remémorer les nombreuses creeks. Sillonner dans les collines jusqu’à destination. Chaque vignoble à son identité. La maison, qui soudain apparait après le dernier virage, colle au personnage et à ses vins. Vignoble, domaine, vigneron et vins se ressemblent, et chacun a sa personnalité bien marquée.

Il faudrait que je prenne le temps de te raconter chacun, quelques uns au moins ! Mais j’ai la sensation que les mots seront toujours limités, ou mal choisis, ou imprécis, à la fois parce que je perds sacrément l’habitude de les utiliser mais aussi parce que ce qui se vit dans les Hills ne peut se comprendre que dans les Hills. Allez tu viens? L’adresse c’est facile écoute: en descendant de Nicols road depuis Stirling, tu suis Basket Range road, puis Lobethal Road et, enfin, tournes à droite au panneau de bois qui indique Fernglen, easy.

Tu cabotes entre les caillasses et les brebis environ 10 minutes, et arrives chez Jasper. Jasper Button, de la famille Button, sur la commune des Button. Sourire narquois, regard vert curieux et passionné, cheveux blonds aux épaules, elles larges et rassurantes. Sous l’archétype australien se cache un grand enfant génial: créatif, éparpillé et passionnant. La petite bedaine de la trentaine sereine le sauve de l’image trop lisse du surfeur de la côte est. Et son passif actif multidisciplinaire redonne du galon aux natifs du pays. Il étudie pendant un bail, de la chimie au cinéma, lâche tout pendant 5 ans pour surfer la vie à Byron, devient pizzaïolo entre deux vagues, rencontre sa douce hollandaise en Nouvelle Zélande, s’envole pour Amsterdam et passe de la pizza au bistrot. Puis c’est le retour au bercail avec une idée en tête: s’occuper des vignes familiales avec sa soeur, Sophie. La commune of Button se met au vin, c’est décidé.

Je voudrais te parler de ses quilles, mais je voudrais surtout te les faire goûter. Je tâtonne encore à chercher mes mots justes car c’est tout nouveau pour moi, le vin (pas le boire, tu sais..): comprendre les cépages, les fruits, les macérations, l’oxydation, les décisions…! Je peux te parler une heure sans discontinuer de la saveur, de l’odeur, du souvenir du lait brûlé quand on l’oublie sur le feu. Mais pour le vin, mon esprit se frustre de l’absence de corrélation entre ce que je goûte et ce que je dis. Ma mémoire se heurte à des pages blanches; je la visualise comme un gros annuaire du goût dans lequel serait répertoriées toutes les émotions rencontrées, les saveurs enregistrées, analysées, assimilées. Le raisin est à la plage 2016, papier flambant neuf, lignes tout juste esquissées.  Du coup souvent je ne dis rien, et je souris. Parce que je trouve ça très très bon, et puis c’est tout.

Alors on se ressert quelques verres après la dernière journée de presse, on s’active en cuisine alors que la luminosité baisse. Ce soir on fête la fin des vendanges en Australie pour Stef, jeune vigneronne Autrichienne qui retourne sur ses terres prendre le flambeau parental, elle aussi. C’est la nouvelle génération: celle qui assure la transmission d’un savoir-faire et d’un patrimoine, tout en y apportant ses envies et ses opinions. Cette jeunesse fait le choix du vin naturel, parfois de la biodynamie, dans tous les cas c’est le choix d’un refus du monde conventionnel – accessoirement dangereux et dégueulasse- dans lequel on nous biberonne.
Et ils ne font pas ce vin pour changer le monde, ou sauver l’humanité, ou parce que c’est meilleur pour ta santé, non non non. Ils le font pour la plus simple et belle des raisons:  parce que c’est bon.

Le soir, on fête souvent quelque chose. Un anniversaire, une fin de vendanges, la visite d’un contingent japonais, celle d’un importateur Belge ou d’une vigneronne gardoise, on trouve toujours une belle excuse pour aligner les bouteilles et les sourires. Chacun met sa main à la pâte, qu’on finit par deviner à l’ avance. Les butternuts rôtis? Anton. Le dhal de lentilles? James. Le pain au levain? Gareth ou Mon’. Le bouquet de fleurs? Tom. L’agneau grillé? Jasper. Les bières fraîches? Taras. Sous le coude leurs cuvées respectives selon l’envie du jour: Vino Rosso of Lucy Margaux, Wood Grenache of Jauma, Rainbo Juice of GentleFolk, Beach of Tom Shobbrook, WildNatureWhite de Manon, Fields of Sparrow of Commune of Button, Texture like sun of Ochota Barrels

Je surveille le dessert pendant qu’on me ressert. La fin des récoltes dans les vignes s’accorde avec le changement de saison aux fourneaux. Aujourd’hui j’ai cuisiné les toutes dernières pêches du jardin: une manière douce de se dire au revoir, ma saison et moi. Ces fruits sont le cadeau d’adieu offert par quelqu’un qui part en voyage, un peu trop loin un peu trop longtemps, mais qui reviendra.
J’ai bricolé une tarte-hommage à l’été que j’aime tant, mais que je quitte pour la première fois sans trop de peine.(Surtout parce que je sais qu’il reviendra).

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Pâte sablée:
220g de farine
120g de beurre demi-sel
60g de sucre brun
1 oeuf

Garniture: 
2 oeufs
100g de sucre brun
80g de yaourt nature
110g de poudres de noix et graines (amandes, noix, lin, sésame…)
1 pincée de sel
vanille 
zeste de citron
4 à 6 pêches 

La veille: pocher les pêches entière dans un sirop (eau+sucre+verveine fraîche) jusqu’à ce qu’elles soient tendres. Couper les en quartiers quand elles sont refroidies, bien les égoutter.
Le jour même: Préchauffer le four à 180°. Sabler la farine avec le beurre du bout des doigts jusqu’à obtenir un sable régulier, jusqu’à ce que le beurre soit bien incorporé. Mélanger l’oeuf et le sucre au fouet, incorporer au mix farine/beurre. Homogénéiser la pâte à la main sans trop la travailler. Etaler la pâte, foncer un moule à tarte beurré au préalable. Réfrigérer.
Blanchir les oeufs avec le sucre, ajouter le yaourt et la poudre de noix. Ajouter le zeste, la vanille, la pincée de sel. Etaler cette crème sur le fond de tarte. Répartir les quartiers de pêches, enfourner environ 40 minutes.
Sortir la tarte quand la pâte est dorée uniformément.

Trinquer à l’avenir, au bonheur, aux rencontres, au pinard, au prochain été.

 

 

 

 

 

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